2008.03.15

LA PEUR DE TOMBER


podcast
Doux et Heureux KMAIR*, Je me remémore notre conversation sous le porche...

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Il a gagné, mais je ne sais qui il sera. Certes, il est énergique, habile, intelligent, volontaire, déterminé. Il a su prendre l'adversaire à revers, tout en conservant le leadership de son propre camp. Il maîtrise parfaitement bien son image, et la communication qui est la sienne. Il a conceptualisé une stratégie du mouvement. Ne jamais cesser d'être tout le temps sur tous les fronts. Jamais de pause. Rebondir toujours. Ne jamais s'arrêter, ni sur un échec, et encore moins sur un succès. Comme s'il avait peur de tomber. Mais je me demande à quoi sert toute cette débauche d'énergie, toute cette volonté déployée. À quoi sert cette immense ambition ? Au service de quoi est-elle mise ? De quel projet ? De quel idéal ? De quelle vision ? Au fond je redoute que, pour lui, l'envie forcenée de pouvoir ne soit plus forte que tout le reste. Le pouvoir au service du seul pouvoir...
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La peur de tomber ? À toi bon baiser et à bientôt. medium_ORANGE55.jpgposted by CJC@13:00GMT+01:00 photo-copy flickr LOVES YOU Hidden Face Sent from Jeff Ramone's iPhone Originally uploaded by R.A.M.O.N.E. ISBN-10: 2259208150 © All rights reserved medium_logoKM.jpgThank you for flying KMAIR*, we hope you had a pleasant flight, please fly with us again...
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2007.04.14

UN "AINSI" GÉNÉTIQUE


podcast
La réflexion du "petit Nicolas" - "on naît...", dans un échange avec Michel Onfray fait scandale. "Le candidat" à l'élection présidentielle prétend en effet expliquer par le déterminisme génétique aussi bien le suicide des jeunes que le cancer du fumeur.

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D'ailleurs, pour lutter contre la délinquance dès l'école maternelle, ce "sinistre de l'intérieur" s'autorisait déjà l'an dernier d'un rapport sulfureux de l'Inserm, condamné récemment par le Comité national d'éthique, sur "l'héritabilité (génétique) du trouble des conduites". Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Aux States, la révolution conservatrice affirme démontrer, en superposant quotient intellectuel, race, et gènes, que l'intelligence serait innée, et inégalement répartie selon la couleur de peau. Or, si l'ordre social repose sur l'ordre biologique, pourquoi s'entêter à vouloir le modifier ? On comprend le succès du déterminisme génétique chez les ennemis de l'Etat-providence. Les inégalités seraient fondées en nature : chacun est bien à sa place. Que "le petit candidat" puise ses idées dans les eaux troubles d'une idéologie réactionnaire qui rappelle les années 1930 ne doit pourtant pas masquer l'autre face de ce danger, non moins grave, qui tient à la confusion de sa rhétorique, ou plutôt à sa rhétorique de la confusion. Il dit systématiquement une chose et son contraire. Revenons à son dialogue philosophique. Le "petit Nicolas" déclare d'abord : "Il n'y a pas d'un côté des individus dangereux et de l'autre des innocents." Et d'expliquer : "C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons tant besoin de la culture, de la civilisation." Puis, lorsque Michel Onfray lui répond que "ce sont les circonstances qui fabriquent l'homme", il se cabre et change de position : "Mais que faites-vous de nos choix, de la liberté de chacun ? Et comme le philosophe enfonce le clou du déterminisme sociologique, c'est finalement en réaction que le candidat s'approprie la génétique - au mépris des arguments qu'il vient d'avancer lui-même : "Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on "naît...", et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie." Bref, en trois paragraphes, trois arguments différents : la culture, la liberté individuelle, et la nature. Une chose, une autre, et leur contraire. N'allons pas nous rassurer en ironisant sur cet "homme politique" qui ferait un piètre philosophe : ce serait reconduire un antagonisme entre la pensée et l'action, dont celui-ci ne s'accommode que trop bien. En réalité, l'incohérence est aussi une politique. C'est d'abord une question d'opportunisme intellectuel. Ainsi, interpellé sur son refus d'ouvrir le mariage aux couples de même sexe, le petit Nicolas déclare : "Je n'ai pas fait le choix de la sexualité, je suis né hétérosexuel." C'est que "le petit candidat", dont la position est dictée par la crainte de déplaire à son électorat conservateur, n'avait aucun argument à objecter aux revendications d'égalité - sinon, simple tautologie, qu'on "donne alors à la société une image de la famille qui n'est pas celle que je souhaite que l'on donne". Aussi est-il réduit à invoquer, au principe d'une conviction forcément intime, sa nature hétérosexuelle. "Naître", c'est le degré zéro du raisonnement, un "c'est ainsi" génétique, à défaut d'autres arguments. Mais cette faiblesse intellectuelle est aussi une force rhétorique. Car à force de dire tout et l'inverse de tout, "le petit Nicolas" parvient à son but : on ne sait plus où on en est. On rassure les parents, déclarés non responsables, et on stigmatise les parents irresponsables. On dénonce les violences, et on justifie des violences. On s'affiche en défenseur des classes populaires, et on redistribue l'argent aux riches. On fait miroiter des régularisations, et on donne en spectacle des expulsions. On se pose en ami des minorités raciales, et l'on couvre les violences policières racistes. On invoque l'identité nationale et ses relents maurrassiens, pour la définir ensuite par l'égalité républicaine entre les sexes. Dans les banlieues, on manipule tour à tour le lexique de la "racaille" et de la "discrimination positive". Sur les boulevards, sous couvert de sauver les prostituées de la traite, on les persécute au quotidien. Et de même sur l'école et le travail, l'islam et la laïcité, l'économie et l'écologie, l'Amérique et l'Europe, bref, sur tous les sujets. La rhétorique du "petit Nicolas" participe ainsi d'une politique d'affolement, au même titre que son agitation tourbillonnante et sa fébrilité vibrionnante. En ne respectant jamais le principe de non-contradiction, le candidat rend la contradiction impossible : comment s'opposer à lui quand il dit tout et son contraire ? Le discours politique n'a plus aucun sens, et toute réponse, critique ou solution alternative, est piégée d'avance - récupérée et discréditée par la logorrhée du "candidat". Même Jean-Marie semble déboussolé, réagissant aux propos du "petit Nicolas" : "il a dû se tromper, ce n'est pas possible". Cette confusion politique est une politique de la confusion : désorienter la politique par un discours désordonné, c'est créer les conditions de l'avènement d'une droite de dérive, plutôt que de rupture. "Le petit Nicolas", c'est celui par qui le désordre arrive, dans la société, et dans les esprits. Et c'est sur cette stratégie du désordre, tant social qu'intellectuel, qu'il bâtit sa politique d'ordre. Malheur à lui - ou malheur à nous, démocrates de peu de foi ? Car il faudrait avoir la mémoire bien courte pour ne pas trembler devant cette irrationalité stratégique. Si le vocabulaire politique ne veut plus rien dire aujourd'hui, alors, quel sens la démocratie pourrait-elle encore préserver demain ? posted by OSTIAN@09:58PM source Eric Fassin, sociologue et enseignant à l'Ecole normale supérieure, chercheur à l'IRIS Article paru dans l'édition du 13.04.07 photo-copy flickr gamma DEFCON DEFense CONdition Originally uploaded by KMAIR* © All rights reserved medium_logoKM.jpgThank you for flying KMAIR*, we hope you had a pleasant flight, please fly with us again...
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