2008.07.25
LES SOLDATS DE BOIS

toi et moi →♥♫♪
nous ne sommes que des soldats de bois
et nous avançons à petits pas
pour faire marcher tout ça
toi et moi →♥♫♪
on ne veut plus d'un monde comme ça
on veut l'espoir, l'amour et la joie
on veut changer tout ça
toi tu crois que
demain sera mieux qu'aujour'hui
alors tu sacrifies ta vie
en espérant que
mais tes idées
sont-elles vraiment tes idées
ou des idées, conditionnées
qu'on veut t'inoculer yé yé yé
toi et moi →♥♫♪
nous ne sommes que des soldats de bois
et nous avançons à petits pas
pour faire marcher tout ça
toi et moi →♥♫♪
on ne veut plus marcher de ce pas
on veut l'espoir, l'amour et la joie
on veut changer tout ça
tous ces objets
que l'on veut te faire acheter
pour faire marcher la société
en as-tu besoin vraiment
moi je crois que
tu ne sais pas ce que tu veux
alors tu crois les gens sérieux
qui pensent pour toi
ils ont besoin de toi et moi
qui ne sommes que des soldats de bois
et qui avançons à petits pas
pour faire marcher tout ça
toi et moi →♥♫♪
on ne veut plus de ce monde-là
on ne veut plus marcher de ce pas
on veut changer tout ça
ouais !
heureusement
tu as le droit de temps en temps
de vivre comme tu l'entends
quelques fois par an seulement
s'il n'y avait pas cette chance
pour toi et moi
n'y aurait-il pas d'autre issue
que d'aller dans la rue
pour crier que
toi et moi →♥♫♪
nous ne sommes que des soldats de bois
et nous avançons à petits pas
pour faire marcher tout ça
toi et moi →♥♫♪
on ne veut plus d'un monde comme ça
on veut l'espoir, l'amour et la joie
on veut changer tout ça
toi et moi →♥♫♪
on ne peut plus marcher de ce pas
on veut l'espoir, l'amour et la joie
on veut changer tout ça
toi et moi →♥♫♪
nous ne sommes que des soldats de bois
et nous avançons à petits pas
pour faire marcher tout ça
toi....
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PAUSE&PASSEMENTERIE
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Especially for →♥♫♪
La passementerie regroupe l'ensemble des productions en fil de toute nature (végétal, animal, métallique, usw) utilisées en décoration vestimentaire ou architecture intérieure...cordons, dentelle, frange, liseré, ruban. Étant un ornement coûteux, elle a longtemps été réservée à une élite comme signe de distinction sociale, d'un pouvoir royal, aristocratique, religieux ou militaire. Dès la fin du XVIIIe siècle, elle devient obsolète avec la simplification des vêtements...
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2007.04.14
UN "AINSI" GÉNÉTIQUE

La réflexion du "petit Nicolas" - "on naît...", dans un échange avec Michel Onfray fait scandale. "Le candidat" à l'élection présidentielle prétend en effet expliquer par le déterminisme génétique aussi bien le suicide des jeunes que le cancer du fumeur.
D'ailleurs, pour lutter contre la délinquance dès l'école maternelle, ce "sinistre de l'intérieur" s'autorisait déjà l'an dernier d'un rapport sulfureux de l'Inserm, condamné récemment par le Comité national d'éthique, sur "l'héritabilité (génétique) du trouble des conduites".
Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Aux States, la révolution conservatrice affirme démontrer, en superposant quotient intellectuel, race, et gènes, que l'intelligence serait innée, et inégalement répartie selon la couleur de peau. Or, si l'ordre social repose sur l'ordre biologique, pourquoi s'entêter à vouloir le modifier ? On comprend le succès du déterminisme génétique chez les ennemis de l'Etat-providence. Les inégalités seraient fondées en nature : chacun est bien à sa place.
Que "le petit candidat" puise ses idées dans les eaux troubles d'une idéologie réactionnaire qui rappelle les années 1930 ne doit pourtant pas masquer l'autre face de ce danger, non moins grave, qui tient à la confusion de sa rhétorique, ou plutôt à sa rhétorique de la confusion.
Il dit systématiquement une chose et son contraire.
Revenons à son dialogue philosophique. Le "petit Nicolas" déclare d'abord : "Il n'y a pas d'un côté des individus dangereux et de l'autre des innocents." Et d'expliquer : "C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons tant besoin de la culture, de la civilisation." Puis, lorsque Michel Onfray lui répond que "ce sont les circonstances qui fabriquent l'homme", il se cabre et change de position : "Mais que faites-vous de nos choix, de la liberté de chacun ?
Et comme le philosophe enfonce le clou du déterminisme sociologique, c'est finalement en réaction que le candidat s'approprie la génétique - au mépris des arguments qu'il vient d'avancer lui-même : "Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on "naît...", et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie." Bref, en trois paragraphes, trois arguments différents : la culture, la liberté individuelle, et la nature. Une chose, une autre, et leur contraire.
N'allons pas nous rassurer en ironisant sur cet "homme politique" qui ferait un piètre philosophe : ce serait reconduire un antagonisme entre la pensée et l'action, dont celui-ci ne s'accommode que trop bien. En réalité, l'incohérence est aussi une politique. C'est d'abord une question d'opportunisme intellectuel.
Ainsi, interpellé sur son refus d'ouvrir le mariage aux couples de même sexe, le petit Nicolas déclare : "Je n'ai pas fait le choix de la sexualité, je suis né hétérosexuel." C'est que "le petit candidat", dont la position est dictée par la crainte de déplaire à son électorat conservateur, n'avait aucun argument à objecter aux revendications d'égalité - sinon, simple tautologie, qu'on "donne alors à la société une image de la famille qui n'est pas celle que je souhaite que l'on donne".
Aussi est-il réduit à invoquer, au principe d'une conviction forcément intime, sa nature hétérosexuelle. "Naître", c'est le degré zéro du raisonnement, un "c'est ainsi" génétique, à défaut d'autres arguments. Mais cette faiblesse intellectuelle est aussi une force rhétorique. Car à force de dire tout et l'inverse de tout, "le petit Nicolas" parvient à son but : on ne sait plus où on en est. On rassure les parents, déclarés non responsables, et on stigmatise les parents irresponsables. On dénonce les violences, et on justifie des violences. On s'affiche en défenseur des classes populaires, et on redistribue l'argent aux riches. On fait miroiter des régularisations, et on donne en spectacle des expulsions. On se pose en ami des minorités raciales, et l'on couvre les violences policières racistes. On invoque l'identité nationale et ses relents maurrassiens, pour la définir ensuite par l'égalité républicaine entre les sexes.
Dans les banlieues, on manipule tour à tour le lexique de la "racaille" et de la "discrimination positive". Sur les boulevards, sous couvert de sauver les prostituées de la traite, on les persécute au quotidien. Et de même sur l'école et le travail, l'islam et la laïcité, l'économie et l'écologie, l'Amérique et l'Europe, bref, sur tous les sujets.
La rhétorique du "petit Nicolas" participe ainsi d'une politique d'affolement, au même titre que son agitation tourbillonnante et sa fébrilité vibrionnante. En ne respectant jamais le principe de non-contradiction, le candidat rend la contradiction impossible : comment s'opposer à lui quand il dit tout et son contraire ? Le discours politique n'a plus aucun sens, et toute réponse, critique ou solution alternative, est piégée d'avance - récupérée et discréditée par la logorrhée du "candidat".
Même Jean-Marie semble déboussolé, réagissant aux propos du "petit Nicolas" : "il a dû se tromper, ce n'est pas possible".
Cette confusion politique est une politique de la confusion : désorienter la politique par un discours désordonné, c'est créer les conditions de l'avènement d'une droite de dérive, plutôt que de rupture.
"Le petit Nicolas", c'est celui par qui le désordre arrive, dans la société, et dans les esprits. Et c'est sur cette stratégie du désordre, tant social qu'intellectuel, qu'il bâtit sa politique d'ordre. Malheur à lui - ou malheur à nous, démocrates de peu de foi ? Car il faudrait avoir la mémoire bien courte pour ne pas trembler devant cette irrationalité stratégique. Si le vocabulaire politique ne veut plus rien dire aujourd'hui, alors, quel sens la démocratie pourrait-elle encore préserver demain ?
posted by OSTIAN@09:58PM
source Eric Fassin,
sociologue et enseignant à l'Ecole normale supérieure,
chercheur à l'IRIS
Article paru dans l'édition du 13.04.07
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DEFCON DEFense CONdition
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2007.02.16
DE LA TUERIE MÉTAPHORIQUE

Doux et Heureux KMAIR*,
Nous en avons assez de la guerre !
Les combats pour les plus forts, pour ceux qui adorent la bataille, qui se battent pour le plaisir de se battre. Nous sommes ainsi, mes amis et moi ; pourtant, nous avons juré de nous opposer à une guerre nouvelle où des armes anonymes tuent métaphoriquement des milliers de pauvres diables dressés les un contre les autres pour enrichir des financiers véreux. Les drapeaux claquent déjà ; les tambours battent et les politiciens prononcent des discours : patrie, héroïsme !... Certes, on ne tuera pas la guerre tant qu'il y aura des hommes assez courageux pour combattre au nom de leurs idées. J'espère bien ne jamais voir le jour où les coupeurs de cheveux en quatre règneront sur la terre, où il n'y aura plus de noir pour opposer au blanc, plus rien qu'un universel gris terne ; où il sera plus noble de pardonner les offenses que de sauvegarder sa dignité personnelle ! Seulement, ce qui nous occupe est différent ; la guerre que l'on veut déchaîner n'est justifiée par rien que le bénéfice des financiers qui tirent les ficelles ! Voilà contre quoi nous nous battons. L'un de nous a déjà donné sa vie. Le combat est à peine engagé.
posted by YASSINE@06:54PM
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19:00 Publié dans COSE DELLA VITA | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : UDF, FRANçOIS BAYROU, GUERRE, PAIX, POLITIQUE, présidentielles2007
2006.12.04
NOUVELLE LETTRE DE SERRES-CASTET

Mes chers amis,
Votre présence en cet instant est précieuse pour moi.
Je vous ai invités en cet endroit que j’aime, où j’ai des racines, la place républicaine d’une mairie de village, dans les Pyrénées, un endroit à la fois beau et simple, pour vous dire ceci, qui m’engage, et qui va, pour beaucoup d’entre vous, vous engager aussi.
Je suis candidat à la présidence de la République.
Dans cinq mois, chacun des citoyens français, femmes et hommes, va choisir et décider.
Ces cinq mois sont très importants pour notre pays. Ces femmes et ces hommes, je vais aller les voir, les rencontrer, sinon tous, du moins le plus possible, leur parler à la télévision et à la radio, sur internet, dans la presse écrite, pour les convaincre de ceci : il faut que la France prenne un autre chemin.
Pendant ces années, les gouvernants, perdus dans leurs querelles, n’ont eu ni la volonté ni le courage nécessaires. Mais ce sont les Français qui ont payé les pots cassés.
Ce sont les Français qui sont au chômage. Deux millions d’entre eux, plus un million trois cents mille rmistes, plus les Ass et les minima sociaux divers, en tout quatre millions des nôtres.
Ce sont les Français qui paient la dette. 1150 milliards d’euros, qui coûtent tous les mois à chaque Français au travail, tous les mois 200 € en moyenne.
Ce sont les Français qui voient monter la violence. Nous avons des banlieues où la police ne peut plus entrer, avec des services publics disparus, et des générations détruites au point qu’elles en viennent à se glorifier de faire brûler des voitures, des commissariats, des bus. Et parfois, dans les bus, il y a des jeunes filles transformées en torche vivante. Et dans la cité de l’Ousse des Bois, il y a quelques mois, ce sont deux policiers qu’on a failli faire brûler.
La couleur de la peau, comme la religion ou l’origine, est redevenue une obsession. Les noirs se sentent sous-estimés, et dans certains quartiers, ce sont les blancs qui se sentent mal vus.
Les fins de mois sont de plus en plus difficiles et, des petites retraites jusqu’aux salaires moyens, personne n’arrive plus à joindre les deux bouts.
Les chercheurs français prouvent qu’ils sont parmi les meilleurs du monde, mais c’est dans les laboratoires américains. Nous les avons formés, et ils les utilisent. Les créateurs d’entreprise qui ont réussi vont s’installer, les uns après les autres, en Belgique. Tout cela, c’est la substance de la France qui s’en va.
L’Europe qui était notre espoir est devenue notre découragement. Elle est sans inspiration, puisque l’inspiration ne peut venir que de la France.
Voilà notre pays, et j’en passe, et j’en oublie. Voilà sa situation réelle.
Chacune de ces crises est à elle seule immense. Chacune nécessiterait un immense effort national. Et nous, nous devons maintenant les affronter toutes ensemble.
C’est pourquoi on ne peut plus continuer dans la guerre civile ridicule et sourde d’une moitié du pays contre l’autre.
Chaque semaine, à l’Assemblée nationale, Voir la moitié de l’Assemblée, avec le doigt accusateur, qui hurle : « c’est la faute de la gauche ! ». Et voir l’autre moitié, avec la même violence, hurler : « c’est la faute de la droite ! », d’abord on se dit que c’est ridicule, et puis on éprouve un sentiment de honte…
Ce sont, pour la plupart, des gens intelligents, ils se sont succédés au pouvoir, sans aucune interruption, depuis vingt-cinq ans. C’est la politique comme nous la faisons depuis cinquante ans qui les rend bêtes.
On ne peut pas continuer comme cela.
Je ne crois plus à cette guerre de la moitié de la France contre l’autre.
Les uns vous disent qu’il faut d’urgence battre la droite pour que ça aille mieux. Les autres qu’il faut à tout prix préserver la France de la gauche.
Et moi je dis : tout cela est vain. Ce n’est plus à l’échelle des problèmes. Ce n’est plus à l’échelle du temps.
Pour donner une chance à la France, il faut prendre le meilleur et les meilleurs.
Ce que nous avons à faire est si difficile qu’il faut une volonté ferme capable de fédérer un soutien large.
Désormais, nous n’avons plus le temps de la querelle et de la guerre des camps. Nous n’avons plus le temps de continuer à nous invectiver, de défaire perpétuellement ce que les autres ont fait, avant qu’ils ne défassent à leur tour ce que vous allez faire.
Il nous reste une chance, une seule : rassembler notre pays, fixer des objectifs raisonnables et républicains, nous regrouper et faire reculer, pas à pas, mètre par mètre, avec acharnement, les échecs et le déclin.
Mais la division n’est pas seulement entre ces deux camps politiques. La division a pénétré partout dans notre société, en recherche perpétuelle de boucs émissaires. Pour l’un, les coupables, ce sont les juges qui sont tantôt laxistes, tantôt trop rigoureux. Pour l’autre, ce sont les professeurs qui ont trop de temps libre et se font payer grassement leurs heures de cours particuliers par des sociétés cotées en bourse. Pour d’autres, ce sont les syndicats qui sont coupables. Pour d’autres, ce sont les fonctionnaires. Pour d’autres, ce sont les paysans qui polluent. Pour certains, ce sont les écologistes qui abusent. Pour d’autres, ce sont les musulmans qu’il faut cibler, pour d’autres, l’obsession c’est le lobby gay…
Tout cela, cette recherche éperdue de boucs émissaires, c’est le signe d’un peuple qui va mal.
J’ai passé une partie de ma vie à réfléchir sur Henri IV. Si je l’ai tant aimé, ce n’est pas parce qu’il était béarnais, né dans le château que vous apercevez dans le lointain. Si je l’ai aimé, à quatre siècles de distance, c’est qu’il a voulu et accompli la réconciliation de son peuple, alors que tout conduisait à ce qu’il continue à se haïr.
L’esprit de rassemblement et de réconciliation, c’est ma conception de la fonction de chef d’État.
C’est le plus urgent besoin de la France.
Et il est des responsables publics qui le savent. Ce sont les maires, tous les jours, dans tous les villages de France.
Si je suis élu, je nommerai au gouvernement une équipe pluraliste, équilibrée, des démocrates, femmes et hommes, venus de bords différents avec mission de mettre en œuvre le même projet républicain, et cela non pas malgré leurs différences, mais en s’appuyant sur leurs différences.
Chacun gardera ses valeurs. Tant mieux ! Car on a besoin des valeurs des uns et des autres. L’esprit d’entreprendre, le goût de l’ordre, on les classe à droite ; la solidarité, l’égalité des droits, à gauche ; la tolérance, l’équilibre et l’équité, au centre. Nous avons besoin de toutes ces valeurs, en même temps. Et les écologistes ont raison de rappeler que nous sommes embarqués sur une petite planète, comme une Arche de Noé dans l’univers, et que nous sommes comptables de l’air qu’on y respire et des espèces, chacune des espèces, qui y sont embarquées, y compris la nôtre, l’espèce humaine à tête dure.
Ces valeurs, il faut cesser de les regarder comme antagonistes, il faut se rendre compte qu’on a besoin de les faire vivre ensemble.
Le temps des grandes querelles idéologiques, pour le moment, est derrière nous.
D’autant plus que nous, peuple français, nous avons un modèle de société qui est lui-même en péril, notre modèle de société républicain : si nous voulons le sauver, il va falloir mener le combat.
La pression du modèle matérialiste est immense et en face de ce modèle où l’argent est la valeur dominante, liberté, égalité, fraternité, cela ne pèse pas lourd.
Mais je dois vous dire, pour que tout soit clair entre nous, que ce sont mes valeurs. Que je suis de ce côté là. Et que je ne suis pas près d’y renoncer.
Reconstruire la République affaiblie, réimplanter l’État là où ça va mal dans la société française, notamment dans les banlieues, équilibrer les finances publiques qui sont à bout de souffle, soutenir l’esprit d’entreprise, l’esprit de création, l’esprit de recherche, sortir de l’exclusion le million trois cent mille Rmistes en leur offrant non seulement un chèque de survie mais une activité, faire respecter et progresser l’école républicaine et non pas la mépriser, faire respecter et mieux armer la justice de notre pays, permettre aux femmes de mieux vivre leur vie multiple, combattre la solitude et la violence qui nous minent, reprendre à la base l’idéal européen, tout cela c’est un effort immense.
Cet effort ne peut être conduit avec succès que par des volontés républicaines qui acceptent de travailler ensemble.
Et elles ne travailleront ensemble qu’autour d’un président ayant reçu pour les fédérer un mandat du peuple. Personne ne résiste à la décision clairement exprimée du peuple souverain. Le peuple donne mandat au président et le président organise le gouvernement nouveau et la majorité nouvelle.
Voilà la clé de cette élection. Voilà la clé de ce changement d’ère politique.
C’est une constante dans notre histoire. Chaque fois que la France a voulu se redresser, c’est cette voie qu’elle a choisie. C’est ce qu’a imposé Charles de Gaulle à la Libération et en 1958. C’est ce qu’ont voulu Pierre Mendès-France, Valéry Giscard d’Estaing, Raymond Barre, Michel Rocard et Jacques Delors.
Ne croyez pas que ce mouvement soit seulement français et que la France quand elle l’entreprendra sera pionnière et isolée.
Mes chers amis, partout autour de nous, les peuples, contre tous les pronostics, imposent ce choix à des gouvernants rétifs. Cela vient de se produire, vous le savez, dans le plus grand pays de l’Union européenne, chez nos voisins allemands. Cela vient de se produire en Autriche, cela vient de se produire aux Pays-Bas. Cela se produira en France.
Bien sûr, c’est un peu plus difficile en France, en raison de nos institutions verrouillées. Mais nous allons les déverrouiller.
C’est un mouvement des temps ! Les peuples ont compris plus vite que leurs dirigeants que le temps du simplisme est révolu. Que le monde est complexe. Que la société éclate en archipels, tous différents, chacun avec sa logique, ne comprenant pas les autres, et qu’il faut beaucoup de compréhension, beaucoup de tolérance, pour les rassembler et les faire vivre ensemble. Les peuples l’ont compris parce qu’ils le vivent et d’abord dans leur famille.
C’est pourquoi ils disent à leurs dirigeants : s’il vous plaît, montrez-nous l’exemple.
C’est cet exemple que j’ai choisi d’incarner, aidé par votre soutien et votre amitié, aidé par la magnifique équipe qui m’entoure, et aidé par les miens. La France n’a pas seulement besoin d’un changement de visages ou de génération. Elle a besoin de changer de logique. Elle a besoin de temps nouveaux.
Nombreux sont ceux qui disent : nous aimons la France de toutes nos forces. Aujourd’hui elle a besoin de toutes nos forces. Je m’engage et nous nous engageons à les réunir pour servir notre peuple et notre pays.
posted by KMAIR*@09:42AM
Déclaration de candidature de François Bayrou à l'élection présidentielle
Serres-Castet - 2 décembre 2006
LA FRANCE DE TOUTES NOS FORCES - (seul le prononcé fait foi)
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12:00 Publié dans OSSEVATORE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : UDF, FRANçOIS BAYROU, POLITIQUE, présidentielles2007
2006.11.13
JE VOUDRAIS VOUS DIRE
Mes chers amis,
D’ici six mois, nous Français nous aurons choisi notre destin, à première vue pour cinq années, en réalité pour beaucoup plus longtemps.
Car tout le monde voit bien qu’un cycle de la vie politique de notre pays s’achève. Et qu’un autre cycle va s’ouvrir.
Et il est juste de dire que, de ce cycle qui s’achève, la France sort inquiète, sans perspectives, à la vérité harassée.
La France des quatre millions de chômeurs. Les statistiques officielles nous disent deux millions, mais quand on sait qu'on ne compte pas les Rmistes et les ASS ! On ne compte pas dans les statistiques officielles, ceux qui sont le plus mal, ceux qui ont eu le plus à souffrir du chômage …
La France où depuis la fin des émeutes il y a un an – écoutez bien, je dis depuis que les émeutes sont finies - 125 voitures en moyenne brûlent chaque nuit, et désormais brûlent aussi des autobus, et dans les autobus, et c'est à pleurer, des jeunes filles, issues de ces quartiers, issues de l'immigration, et qui se sont trouvées prises au piège de la violence stupide de ceux qui ont commencé par brûler des voitures, puis des bâtiments, puis des bus, et qui maintenant brûlent leurs sœurs.
La France qui a assimilé jadis des millions de femmes et d’hommes, des Portugais, des Espagnols, des Italiens, des Polonais, et que l’immigration chamboule aujourd’hui comme jamais.
La France des classes moyennes, qui firent la force et l’esprit de conquête de notre pays et qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts.
La France dont l’école garantissait la cohésion, et matérialisait, incarnait pour chaque famille l’espoir de progression au mérite, et qui se trouve aujourd’hui doutant de son école primaire, de son collège, de son université, doutant comme doutent ses diplômés au chômage.
La France de la croissance zéro, au dernier trimestre.
La France qui s’enfonce dans tous les classements de la planète. Et je pourrais faire avec vous un exercice simple : est-ce que vous pouvez vous souvenir d’un seul classement international, un seul, ces dernières années, où la France ait monté au lieu de descendre ?...
La France qui ne sait pas comment s’en sortir, qui ne sait plus, puisque personne parmi ses citoyens ne se représente plus le chemin à suivre pour remettre les choses à l’endroit.
Et pourtant c'est la France qui est pleine d’atouts, qui forme les meilleurs chercheurs du monde, où les investissements continuent à affluer, en raison de sa situation géographique et du prestige de ses paysages, de ses villes, de son histoire, et la France qui a aussi la démographie la plus vivace.
Alors, comment peut-on en arriver à ce pays harassé, à partir de ce pays doté d’autant de chances ? Comment produire autant de malaises à partir d’autant de dons ?
Alors, il faut que nous soyons implacables dans le diagnostic, autrement les mêmes causes produiront les mêmes effets. Il faut que nous soyons optimistes et ambitieux, en sachant que le propre des grands peuples est de se redresser, et que c’est même à cela, à cette capacité à se redresser, à se reconstruire quand tout va mal, que l’on reconnaît les grands peuples.
Durant ces vingt-cinq dernières années, nous avons pris un mauvais chemin.
Nous nous sommes mal dirigés. Ou nous avons été mal dirigés.
Nous avons été dirigés ces vingt-cinq dernières années exclusivement, alternativement ou ensemble, par deux partis politiques, le Parti Socialiste de François Mitterrand et de ses successeurs, et le RPR devenu UMP, le parti de Jacques Chirac, de ses héritiers devenus ses ennemis. Tout le reste alors, les formations politiques épisodiquement présentes dans ces coalitions, y compris nous lorsque nous avons participé au gouvernement, tout le reste n’était qu’alibi.
Ces deux partis ont eu entre les mains, alternativement ou ensemble, tous les leviers de commande depuis 25 ans.
Et il est intéressant de regarder ce qu’ils ont en commun. On trouvera alors, sans doute, pourquoi ils ont échoué. Ce qu'ils ont en commun, c'est cela :
Tous les deux ont refusé un Parlement digne de ce nom.
Tous les deux ont voulu à chaque alternance défaire ce qui avait été fait par le précédent.
Tous les deux ont dit - il suffit de regarder les questions d'actualité, le mardi et le mercredi à l'Assemblée Nationale - que si ça allait mal, c’était la faute de l’autre.
Tous les deux ont voulu la bipolarisation, et tous les deux ont perpétuellement choisi des gouvernements minoritaires.
Cette phrase vous fait certainement lever le sourcil ? Je voudrais m’arrêter une seconde, à cette idée qui n’est jamais examinée, et selon moi est cruciale. Je vous avoue que je n’aime pas beaucoup la bipolarisation. Je la trouve stupide, comme si on voulait écrire la musique avec deux notes. Je la trouve simpliste, comme si on voulait rendre toutes les couleurs avec du noir et du blanc. Je la trouve fausse, parce que la vie nous apprend tous les jours que rien n’est tout noir ou tout blanc.
En plus, ce modèle politique-là est parfaitement identifié, on sait d'où il vient. C’est le modèle politique américain, qui suppose une organisation complètement différente de la vie politique, avec d'un côté un fédéralisme, de l'autre une participation des citoyens, des citoyens et non pas des adhérents, à la vie interne des partis par l’organisation de primaires publiques ouvertes.
Je vous demande de réfléchir à ceci : en France, on prétend nous faire de la bipolarisation, mais la puissance des extrêmes fait qu'on ne travaille pas à 50 contre 50, mais à 30 contre 30, et parfois à 20 contre 20.
La force de l’extrême droite dans toutes ses composantes, autour de 20 %, de l’extrême gauche dans toutes ses composantes, idem autour de 20 %, cela a une conséquence : les vainqueurs, quand ils prennent le pouvoir, ont au mieux le soutien de 30 % au maximum, et se retrouvent au bout de trois mois avec un soutien de 20 % des électeurs. Les partis que nous appelons majoritaires sont en fait des partis perpétuellement minoritaires, et c'est parce qu'il n'y a pas de majorité qu'on ne peut en France ni gouverner, ni conduire de réformes.
Je m'adresse à tous nos concitoyens : on ne peut pas gouverner courageusement avec un soutien aussi minoritaire. On se réfugie dans la concentration de tous les pouvoirs entre les mêmes mains, mais quand on n’a aucune légitimité, c’est un grand risque ! Voilà pourquoi aucune réforme n’est possible en France.
Et voilà pourquoi il faut une démarche politique radicalement nouvelle !
Ou plus exactement, il faut retrouver une démarche politique qui a été bienfaisante dans notre pays chaque fois qu’elle a été utilisée.
Il faut choisir le rassemblement, et tourner le dos aux divisions artificielles. Il y a des divisions justifiées. Pendant longtemps, le rideau de fer a marqué la frontière de l’affrontement entre ceux qui acceptaient le totalitarisme soviétique ou faisaient semblant de l’accepter, et ceux qui voulaient la démocratie de liberté. Cette frontière était juste et nous nous sommes battus sur cette tranchée, pour la liberté et contre le totalitarisme, assez longtemps pour n'avoir pas de leçons à recevoir.
Mais ces frontières ne sont plus de saison. Il faut que revienne l’esprit de rassemblement.
Et il y a à cela une raison profonde : la France, ce n’est pas un pays comme les autres.
Les autres pays s’accommodent de la division, aussi bien de la division politique que de la division sociale. La France ne s'accommode pas de la division.
Je me faisais cette réflexion en lisant que la commission chargée de préparer notre projet, autour de Pierre Albertini, avait choisi comme titre de ce texte, présenté désormais à la réflexion des adhérents, "la France ensemble".
Et au premier abord on y lit l’expression d’une volonté : "nous voulons faire la France ensemble".
Mais, si on va un peu plus loin, ce n’est pas un projet, c’est une définition. Ensemble, c’est le vrai mot, historique et philosophique, pour définir la France. Le vrai nom de la France, le vrai nom de la République en France, c’est ensemble.
Et ce n’est pas tout à fait le cas des autres pays, même des pays qui nous entourent.
Le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, leur projet de société, ce n’est pas tout à fait « ensemble »…
C’est le projet de notre pays, qui ne supporte pas la division et la vit comme une blessure !
Et ce qui est vrai du point de vue national, c’est vrai aussi du point de vue social. C'est vrai du point de vue des opinions. C'est pourquoi la laïcité est la clé de voûte de la maison que nous avons construite ensemble.
Nous sommes le pays de l’unité, mes chers amis, et nous avons bien raison de l’être.
Nous ne supportons pas la logique d’une société qui creuse les inégalités. Particulièrement pas lorsque les inégalités touchent les droits fondamentaux : le droit à la formation, le droit à la santé. Lorsque les uns disposent des connaissances, des relations et des moyens qui permettent de trouver la meilleure tactique, la meilleure réponse, le meilleur circuit, la meilleure stratégie, tandis que les autres sont laissés de côté, parce qu'ils n'ont pas de relations et que leurs moyens sont réduits au minimum.
C’est pourquoi je n’ai pas aimé la légèreté avec laquelle Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont considéré que la carte scolaire devait être jetée aux orties.
Car la carte scolaire - je demande qu'on y réfléchisse - ce n’est pas autre chose que l’obligation - non pas l'obligation qu'impose l’Éducation nationale, mais l'obligation qu'elle s'impose - de garantir une éducation à chances égales dans le quartier abandonné de la banlieue la plus éloignée et dans les centres-villes les plus avantagés.
Je sais très bien que c’est un idéal, mais cet idéal, je le revendique. Certains diront que c’est une utopie : je ne le crois pas. La France a relevé ce défi pendant des décennies. Ce défi relevé a été à la fois celui de l’unité nationale, et la chance de millions de jeunes Français qui ont découvert à l’école des horizons qui, autrement, leur seraient demeurés fermés.
La France ensemble. Ensemble, c’est la vocation de la France. Voilà pourquoi il est plus douloureux à la France qu’à aucun autre pays de voir se déliter l’unité à laquelle notre pays aspire, de la voir se dissoudre dans les communautarismes, dans les ghettos, de quartier, d’origine, de religion, de situation sociale.
Voilà pourquoi ceux, tous ceux qui dans le débat politique actuel, suivant le fil de l’eau, la pente du modèle dominant sur la planète, le modèle de l’inégalité revendiquée, tous ceux qui veulent en réalité que l’on tourne la page sur « ensemble », et veulent que l'on en arrive à l’acceptation du chacun pour soi, ceux-là se trompent.
Ils se trompent de pays, ils se trompent de modèle, ils se trompent de peuple.
Nous avons le droit de leur faire, au nom de la France, un procès en abandon du modèle républicain français qui nous fait vivre.
Et à ceux-là, j'oppose le besoin, le premier, peut-être le seul, le besoin de la France aujourd’hui : le besoin d'une nouvelle synthèse entre modernité et modèle républicain français, entre modernité et nos valeurs nationales et européennes.
La modernité, ce n’est pas l'ennemi des valeurs républicaines : c’est leur meilleur allié.
Je prends deux exemples très simples.
Hier, et jusqu'à il y a quelques années, l'accès aux documentations, aux documents, n’était pas égal entre qui disposait d’une bibliothèque accessible, et qui n’en disposait pas. Aujourd’hui, internet met à la portée de la main de tous et partout, à portée de clavier, tous les documents de la planète. Bien sûr il faut savoir les analyser, il faut les trier, mais on peut y accéder de tous les collèges, et bientôt j'espère, de tous les appartements, de tous les HLM de France.
Hier, l’information était limitée, donc l'égalité des chances n'était pas une réalité ; aujourd’hui l'information est abondante et l'égalité des chances peut donc se réaliser.
Le modèle républicain français, il n’est pas un handicap pour la France dans la modernité : il est, c’est ma conviction, son meilleur atout.
Car il en est de la compétition entre pays comme de la compétition sportive : une équipe ne vaut pas tant par la somme de ses individualités, par ses vedettes, que par l’esprit d’équipe, par la solidarité entre joueurs, par l’abnégation de leur dévouement les uns envers les autres.
Nous assumons la modernité. Nous en voyons les lignes de force. Nous croyons au modèle de société qui est en train de naître, je crois qu'un modèle de société est en train de naître dans l’univers d’internet, modèle plus autonome, plus participatif, plus coopératif. Nous croyons à l’invention, à l’innovation , à la création.
Et nous croyons à l’entreprise, nous voulons faire de la France le pays le plus pro-entreprise du continent européen.
Et nous croyons que c’est dans ce monde-là précisément, dans ce monde de la modernité, dans le monde de demain et pas dans le monde d’hier, que notre idéal, que nos valeurs de société les plus généreuses, les plus solidaires, les plus égalitaires, égalité des chances et égalité des droits, peuvent s’épanouir comme elles ne se sont jamais épanouies.
Et en l’absence de cette synthèse, si l’on va vers le monde du chacun pour soi, dans le monde où l'on sépare perpétuellement les gagnants et les perdants, dans le monde des réseaux privilégiés d'un côté et des ghettos de l'autre, alors, je vous le dis, la France souffrira plus qu’aucun autre pays ne souffrira.
Mais si l’on choisit cette synthèse entre nos valeurs et la modernité, alors la France s’épanouira, comme aucun autre pays ne s’épanouira.
Et ce modèle d'une nouvelle synthèse entre nos valeurs et la modernité, nous le proposons pas seulement à nous-mêmes. Nous le proposerons, quand il aura trouvé sa dynamique et son équilibre, nous le proposerons à l’Europe, et par l’Europe au monde. Nous le concevons et proposons, non pas comme un modèle domestique, mais comme un modèle universel.
Et il est vrai, il faut regarder les choses en face, que c’est un modèle de résistance au modèle dominant sur la planète. Et il est vrai que c’est, en Occident au moins, le seul modèle concurrent que puisse rencontrer le modèle américain dominant.
Nous assumons cette vocation française. Et nous devons l’assumer aussi dans le concert des nations.
J’ai souvent eu maille à partir avec Jacques Chirac et Dominique de Villepin. Mais, je vous faire une confidence, je veux dire devant vous que l’un des moments où j’ai été le plus fier de mon pays ces dernières années, c’est dans le courant de cet hiver 2003, où se préparait la guerre en Irak, et particulièrement quand Dominique de Villepin a parlé devant le Conseil de Sécurité le 14 février 2003, quand il a parlé au nom d’un « vieux pays, la France, d’un vieux pays de la vieille Europe ».
J’ai été fier, et nous tous Français l’avons été. Et nous avons soutenu le gouvernement et le Président de la République. Sans faiblir.
Nombreuses étaient les ambassades et les visites qui venaient me dire : « vous avez eu le courage de vous démarquer des autres ? c'est formidable ! Vous avez là une occasion en or, vous devriez défendre la nécessité de l’intervention, ne laissez pas le monopole de cette position à Monsieur Untel (je laisse un blanc par amitié) ou à Monsieur Untel (je laisse un blanc par charité) »… Et au sein même de notre bureau, je savais bien que cette thèse était présente - je sais lire dans les yeux !
Je savais bien qu'il ne fallait pas laisser un pouce de terrain. Il était pour moi aveuglant que cette explosion, que déclenchait avec légèreté le pouvoir américain, apparaîtrait un jour comme un drame pour le Moyen-Orient, un drame pour le monde, et au bout du compte un drame pour l’Amérique elle-même.
Ce jour-là, la France a été à la hauteur de sa vocation.
Je n’ai eu qu’un regret, je vous l'avoue : c’est que ce combat que notre pays menait à juste titre au sein du Conseil de Sécurité, il ne cherche pas, en même temps, à le faire partager à nos frères européens.
Bien sûr, les gouvernants britanniques, espagnols, italiens, portugais, et d’autres, étaient alignés sur les thèses de l’administration Bush. Mais les peuples ne l’étaient pas ! Par millions, dans les rues de Londres, de Madrid, de Rome, nos concitoyens européens manifestaient. Ils avaient besoin d’appui, de soutien, d’une voix européenne qui exprime leur résistance et leur espérance. Cette voix aurait pu, je le crois, et dû, je le pense, être la voix de la France au sein de l’Europe, et peut-être alors, ce jour-là, le destin eût-il changé de cours…
Voyez-vous, puisque nous parlons du destin de la France, tout est lié. Nous avons un projet de société singulier. Et nous avons une voix singulière dans le concert des nations.
Et si nous avons la volonté de donner à ce projet et à cette voix l’influence et la force qu’ils méritent, alors nous avons besoin de construire l’Europe politique qui nous fait tant défaut.
Le monde étant ce qu’il est, la planète étant ce qu’elle est, nous avons besoin de pouvoir faire inscrire sur l’agenda des nations des rendez-vous, des obligations, des préoccupations qui concernent toute l’humanité.
Nous avons besoin de parler de climat, nous avons raison de le faire même si ce n'est pas à l'intérieur de l'hexagone que se règle le climat de la planète Terre - l'air que nous respirons aujourd'hui, mes chers amis, n'est pas un air français ! Mais l'humanité ne se préoccupera pas de son patrimoine s'il n'y a pas un peuple qui se préoccupe de ce défi, et ce ne peut être que la France.
Nous avons besoin pour l’immigration, de volonté, pour protéger nos standards de vie en commun. Nous avons besoin d’une volonté politique de l’Europe. Et cette volonté politique ne peut se forger que dans une démarche démocratique de l'Union européenne.
Si l’Europe redevient ou demeure une technocratie, elle mourra, elle s’étiolera, elle sera rejetée.
Et si elle est rejetée, ou divisée, ou privée de volonté, alors le modèle dominant en Occident aura fait un pas, sans doute irréversible, vers sa suprématie.
Voilà pourquoi, à l'orée de cette campagne électorale, il faut reprendre et conduire la révolution démocratique de l’Union européenne. C’est à nous de la proposer, et s'il le faut de l'imposer. Des règles simples, compréhensibles par tous, pour que dans les domaines où doit s’exprimer la volonté européenne, les citoyens européens soient assurés d’être informés et reconnus comme la source de la souveraineté à construire. Nous traiterons, je traiterai cette question pendant la campagne électorale qui vient. Et ce n’est pas une question seconde : c’est une question principale.
Et il n'y aura pas de question principale, pendant cette période de choix national, qui ne soit par nous traitée et éclairée. Parce que les citoyens ont le droit de savoir pour exercer le droit de choisir.
Des citoyens qui viendront de bien au-delà de nos rangs - et là, je m'adresse à vous. Car cette voix différente, nous qui sommes réunis aujourd'hui en Conseil National, nous allons la porter en notre nom, bien sûr, mais au nom de beaucoup d’autres Français qui n’avaient jusqu’à maintenant jamais imaginé que l’UDF pourrait incarner une part d’eux-mêmes, qui n'avaient jamais pensé que l'UDF, comme ils croyaient la sentir, comme elle était trop souvent, puisse porter une part de ce qu’ils avaient de plus précieux. Eux qui nous regardaient comme étrangers, vont maintenant nous regarder comme des compagnons de combat.
C’est pourquoi je vous appelle, dans la période qui vient, à l’ouverture.
Tout ceux-là en réalité, ce sont des citoyens français de tout bord, citoyens français, ils veulent qu’on les respecte et pas qu’on les suive. Ce n'est pas la même chose de respecter et de suivre. Ils ne se sentent nullement représentés par les sondages. Ils ne veulent pas qu’on écrive les programmes politiques avec la Sofres et l’Ifop, comme on le fait, paraît-il, à perte d’heures et de jours, chez les deux représentants jumeaux de cette démocratie qu’on veut nous vendre, qui n’est pas la démocratie d’opinion, mais la démocratie d’abaissement devant l’opinion.
Ils sont citoyens du peuple français, ils pensent que la République commence par la démocratie, et que la démocratie ce n’est pas la démagogie, que c’est exactement le contraire, c'est le respect du peuple, le respect du peuple par les élus, qui commence en leur disant la vérité : ce qu’on sait, ce qu’on voit, ce qu’on croit, même si c’est difficile, même si c’est à contre-courant ; et alors, en retour, en raison même de cette attitude, le respect des élus par le peuple citoyen.
Et quand j’assiste, quand nous assistons à la plus vaste opération de bourrage de crâne qui ait jamais été mise en œuvre depuis des décennies, avec des moyens puissants, qui martèle comme un tam-tam les noms jumeaux de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal, avec leur pareille vénération devant les sondages, chacun dans leur dérive - mais leur dérive est si semblable - alors je me dis qu'il faut que nous restaurions pour la France, face à la démocratie agenouillée devant l’opinion, la démocratie de conviction.
C’est la politique du bouc émissaire, qui fait pendant à la politique des sondages. L’un va avec l’autre : c’est toujours la même manière de flatter l’opinion, de la caresser dans le sens du poil, de la dresser contre l’autorité, au lieu de la restaurer dans sa responsabilité, dans son intelligence, et dans sa conscience.
Ces deux candidats prétendument rivaux, ils ne sont pas un duel, ils sont un duo. Et je n’ai pas envie qu’il n’y ait que Le Pen pour échapper à leur duo. Parce que restaurer la République, ce n’est pas l’affaire des extrêmes qui n'aiment pas la République, c’est l’affaire des Républicains qui aiment et veulent sauver les principes qui nous ont fait vivre.
Cette reconstruction de la République, elle demande, et selon nous elle exige, que l’on puisse faire vivre et travailler ensemble, dans une démarche de rassemblement, dans une démarche d’union nationale, des femmes et des hommes venus de bords différents.
Il y a un demi-siècle que cette démarche n’a pas été mise en œuvre et que les impératifs partisans ont tenu le haut du pavé dans notre pays, avec les résultats que l'on voit. Mais je vous assure aussi qu’il y a un demi-siècle, au moins, que notre pays n’a pas rencontré des problèmes si graves, de nature si lourde et si nouvelle, que l’on peut affirmer qu’aucun de ces problèmes ne se résoudra sans le rassemblement et la mobilisation de toutes les forces de la France.
Si nous les énumérons comme je l'ai fait au début de cette intervention - nous avons un problème moral : une partie de notre pays a décroché, dans le ghetto des banlieues, dans le ghetto du RMI, dans la descendance de l’immigration, et ce décrochage se perpétue désormais de génération en génération.
Nous avons un problème de sécurité publique.
Nous avons un problème économique avec une croissance trop aléatoire, trop faible, avec un pouvoir d’achat exténué, avec un prix du logement qui explose tous les budgets des salaires moyens. Et je ne parle pas des 610 € par mois du minimum vieillesse.
Nous avons un problème budgétaire. Tous les jours, nous dépensons 20 % de plus que ce qui entre dans les caisses publiques. Et ceux qui croient que cela sera payé « par nos enfants » se mettent le doigt dans l’œil. C’est nous qui payons, tous les jours… il vous suffit de voir les difficultés à la fin du mois pour joindre les deux bouts.
Nous avons un problème démographique, dont les retraites sont la traduction la plus crue. Parce que jamais, dans l’histoire d’aucun peuple de la planète, tant de retraités n’auront été portés par si peu d’actifs.
Nous avons un problème éducatif :l’égalité des chances n’est plus assurée et le milieu social d’origine devient le critère principal de la réussite.
Nous avons un problème de recherche : nous formons avec l’argent du contribuable français, avec les ressources de la science française, nous formons les meilleurs des jeunes Français, et ce sont les laboratoires américains qui profitent, poches ouvertes, de l’investissement du peuple français.
Nous avons un immense problème énergétique et climatique.
Je vous le dis avec gravité, mais avec certitude : aucun de ces problèmes n’est soluble dans le débat politique artificiel tel qu’il est organisé aujourd’hui et depuis des années.
Il ne s’agit plus de gouverner à la godille, d’aller un peu plus à gauche, ou un peu plus à droite, ou même provisoirement au centre, de gouverner avec ses copains, en attendant la prochaine fois, en attendant, à l’élection prochaine, de retrouver l’opposition… Il s’agit de refaire la France et de parler au monde.
Et vous voyez la dimension de ce que nous entreprenons : regarder en face l’état de notre pays, lui proposer une nouvelle synthèse, réconcilier le modèle républicain français avec la modernité, imposer une nouvelle démarche de pouvoir et de gouvernement, rassembler au lieu de diviser, éduquer au lieu de flatter, refonder la République dans ses valeurs, en démocratie et pas en démagogie.
Aller d’un pays harassé et divisé à un pays rassemblé et redressé. C’est une grande aventure collective. Et si vous regardez aujourd’hui le paysage décomposé de la démocratie française, nous sommes les seuls à pouvoir la proposer. C’est une grande aventure d’équipe, non pas une équipe qui veut se fermer pour garder les postes pour elle, mais une équipe qui au contraire veut s’ouvrir et travailler avec d’autres équipes, avec d’autres sensibilités. Et cela seul suffit à montrer notre différence.
De Français de chez nous, et de Français venus d’ailleurs, avec leur histoire différente, avec leurs opinions différentes, avec leurs convictions différentes, avec leurs idées différentes et souvent antagonistes.
On me demande quelquefois dans les interviews : qu’est ce que vous avez appris pendant ce long chemin, dans ce long combat de l’élection de 2002 ? J’ai appris à écouter les gens qui ne sont pas de mon avis. Non pas à leur céder sur tous les points, mais à les entendre et à les comprendre. Et j'ai appris à leur faire leur place dans l’idée que je me fais de l’avenir de mon pays.
Des femmes et des hommes : et j’ai mis les femmes en premier, parce que dans la reconstruction de la France, les femmes seront, je le crois, détentrices de quelque chose d’essentiel.
Des femmes et des hommes, de celles et de ceux qui croient, comme vous, quand vous avez la chance de croire, et de ceux qui ne croient pas. Des enthousiastes, des sceptiques et des découragés.
Un peuple tout entier qui va faire confiance, ayant pesé le pour et le contre, qui va faire confiance non pas à un parti, non pas à une étiquette, même pas seulement à un projet, mais au bout du compte à l’un des siens. Et il y a une clé pour gagner cette confiance : ce peuple, il faut non pas le suivre, mais le comprendre, le respecter, et il faut l’aimer.
Cette rencontre avec un peuple de femmes et d’hommes, cela justifie une vie.
Et je voulais vous le dire, avant d’aller à leur rencontre, avant de sortir des rangs de nos adhérents et de nos militants, sur les routes de terre et sur les trois océans, j’ai voulu vous le dire, à vous.
Parce que c’est une lourde charge, mais c’est une grande chance, et je vous la dois.
Je vous remercie.
posted by KMAIR*@02:37PM - Le discours de François Bayrou
Conseil national de l'UDF le dimanche 12 novembre à Paris
Hôtel Paris Rive Gauche
photo-copy flickr gamma childhood with dignity
Originally uploaded by olahus.
This kid (a boy or a girl) is from on of Bucharest's poor neighbourhoods.
Although it's not representative for Bucharest 's kids or for the city itself (despite of the false image it has outside), i love this photo because of his attitude.
Picasa software helped me hiwth the crop and the tone, inspired by some of Edward S. Curtis' masterpieces
Cet enfant (garcon ou fille) est d'un cartier pauvre de Bucarest. Bien que l'enfant n'est pas representatif pour les enfants de bucarest ou pour la ville elle-mmee (malgre les cliches occidentaux) j'aime bien la photo pour son expressivité:
Le logiciel Picasa m'a aidé avec le crop et la couleur, inspireé des certains chefs-d'oeuvre d'Edward S. Curtis
orange black
Originally uploaded by Laura Mary on 12 Sep '06, 11.06am CEST.
Fire is like totally mesmerising.
La Luce del Tempio
All'interno del tempio buddhista di Arosio c'è questo lampadario enorme.
Mi sono sdraiata sul tappeto e l'ho fotografato così ... (mi si vede pure un po' mannaggia ...)
Originally uploaded by *chiara* on 12 Nov '06, 7.16pm CET.
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we hope you had a pleasant flight,
please fly with us again...
15:00 Publié dans OSSEVATORE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : UDF, FRANçOIS BAYROU, POLITIQUE, présidentielles2007
2006.09.07
CE QUE SIGNIFIAIT LE I
Mes chers amis,
Le moment que nous vivons ici est exceptionnel. Ont été frappés les trois coups qui commencent une période historique dans notre pays.
Ce qui commence, c’est un moment impressionnant, émouvant, deux cent quarante jours, au cours desquels un peuple, notre peuple de France, va choisir son chemin, et donc son destin.
Vous le savez bien, mais c'est peut être utile de le souligner, ce n’est pas une élection ordinaire, pas même une élection présidentielle ordinaire. Cette élection-ci est une élection présidentielle moins ordinaire encore que celles que nous avons vécues, parce que c’est un changement de cycle. Ce qui s’achève à l’horizon de 2007, c’est le long cycle ouvert à la fin du siècle dernier, en 1981, long cycle politique qui a vu les amis et les héritiers de François Mitterrand, partager le pouvoir, se succéder au pouvoir, avec les amis et peut-être les héritiers de Jacques Chirac.
Et la question qui se pose, la question qui est devant nous - militants, engagés - et devant chacun des citoyens français, c’est de savoir si ce long cycle qui dure déjà depuis vingt-cinq ans, va se perpétuer ou non. Si l’on va continuer comme cela, ou non.
Cette période depuis 1981 a été une immense période historique. C'est une période fascinante, pendant laquelle le monde a changé de face, le mur de Berlin est tombé, le communisme soviétique a rendu les clés de la Russie à un tsar, autoritaire et audacieux, la Chine, comme l'avait promis Alain Peyrefitte, s’est éveillée, l’Amérique a affronté sa puissance et le démon de sa puissance, l’Europe s’est faite puis défaite, Internet a tendu sa toile et irrigué l’univers, et l’Islam intégriste a surgi sur l’horizon de nous tous, avec quatre avions détournés un matin de 11 septembre. Pendant cette période, nous avons découvert avec stupéfaction que l’air que nous respirions était aussi fragile que la terre où nous avions nos racines, et que les espèces vivantes qui sont nos compagnons de voyage sur cette planète étaient aussi atteintes par le débordement de nos productions…
Pendant cette période, la France n’a pas réussi à endiguer la malédiction du chômage ; nous avons inventé le RMI sans avoir jamais su ce que signifiait le I, qui aurait voulu dire insertion et qui veut dire exclusion ; l’extrême droite, qui pesait moins de 1% est parvenue, sans jamais se faire entendre en plein jour, au deuxième tour de l’élection présidentielle ; et si l’extrême gauche n’en a pas fait autant, c’est parce qu’elle est restée désunie. Pendant cette période 1981-2006, un quart de siècle, la dette de la France, plus faible en 1981 que celle d’aucun autre pays développé, est montée comme une marée, sans que ni l’un, ni l’autre, des deux partis dominants ne songe à l’arrêter. Pendant cette période, de frustration en frustration, il se fait qu’à chaque élection, sans exception, comme compères en foire, des deux partis dominants, les seconds ont remplacé les premiers qui avaient remplacé les seconds le coup d’avant. Immense frustration française, devenue une fable pour tous nos voisins, tous nos collègues les pays européens, tous nos rivaux…
Les institutions de la démocratie française se sont détériorées une fois qu'a été rompu, par la cohabitation, l’équilibre un peu anachronique qui faisait dépendre par l'invention du Général de Gaulle, l’immense pouvoir du président de la République de la confiance directe, vérifiée à intervalles réguliers, du peuple souverain.
« Jugez l’arbre à ses fruits… » disait l’Ecriture. Si l'on juge à ses fruits l'expérience politique conduite depuis vingt-cinq ans, la question d'y rester ou d'en sortir devient une question centrale.
La question est de savoir si les Français vont choisir que continue, sous de nouveaux visages, ce monopole à deux, cette entente implicite, jamais avouée mais qui se résume aisément « un coup pour toi, un coup pour moi… » ou si les Français, comme le grand peuple qu’ils sont, comme un grand peuple avec une grande histoire, vont s’affranchir de cette longue série d’échecs et de frustrations pour commencer d’écrire une page nouvelle de cette histoire, pour renouveler le paysage, envoyer le grand ballon d'oxygène dont la démocratie française a besoin, et je crois les Français aussi.
Je vais vous dire ce qui me frappe : c'est pas le découragement des élites (ils ont une part de responsabilité, même si les choses leur sont imposées, ils les acceptent), ce qui me frappe c’est le regard des victimes de tout cela, des pauvres gens que tout devrait conduire à secouer cette fatalité, ce sont eux les pauvres gens qui trinquent, en première ligne, chaque fois.
Ce qui me frappe, c'est la résignation dans leur regard.
Parfois, ils veulent hurler, alors ces dernières années, pour hurler ils ont voté Le Pen, ou à l'extrême-gauche. Et ils ont découvert, un peu tard, que ce vote prétendument destiné à bouleverser les choses n’avait comme effet que de conforter les mêmes dans un pouvoir devenu, cette fois, absolu.
Ils voulaient secouer le cocotier. En fait ils ont renforcé ceux qu’ils voulaient secouer. Et pour longtemps ! Puisque désormais, à chaque élection, on va nous refaire le coup de l’épouvantail.
Alors, beaucoup de ces victimes ont cessé de croire tout court. Ils ont l’impression que le rapport de forces est trop déséquilibré. Ils ne croient même plus qu’il existe un chemin. Ils ne croient même plus que leur bulletin de vote, leur choix de citoyens, souverains dit-on, puisse changer les choses.
Dans ce système si bien rôdé, ils ne voient pas l'issue : plus ça change et plus c’est la même chose. Si ce n’est pas les uns, c’est forcément les autres, et si on veut sanctionner les seconds, on est obligé de reprendre les premiers !
Donc, je dis ça avec une trace de sourire mais c'est la réalité, j'ai fait peut-être 150 réunions publiques en forums citoyens cette année en France, la question qui se posait toujours était : « Monsieur Bayrou, c'est bien ce que vous nous racontez, mais comment vous voulez qu'on y arrive ? »
Quand le peuple ne voit plus le chemin, alors commence la désespérance collective.
La question qui se pose est forcément celle-là : « est-ce qu’on regarde ce système au fond des yeux, est-ce qu’on lui enlève sa capacité de nuire, est-ce qu’on brise le monopole à deux, est-ce qu’on trace pour la France un chemin nouveau, ou bien est-ce qu’on se résigne à consacrer la domination des mêmes pour un nouveau cycle de vingt-cinq ans ? »
Il y a beaucoup d’universités d’été en France en ce moment. Il n’y en a qu’une où l’on puisse poser la question en ces termes… et c’est ici à la Grande Motte.
Car dans la vie politique française, il n’y a aujourd'hui qu’une seule alternative.
À La Rochelle, à Marseille, ce sont les partis du monopole, les deux partis dominants, dominants minoritaires - 28% les bonnes années, 18% les mauvaises - ils ont tous les pouvoirs depuis un quart de siècle. Ailleurs, dans des mouvements intéressants, on peut être d'accord ou pas d'accord, chez les Verts, c’est l’acceptation de la domination du grand frère socialiste.
Ailleurs encore, ce sont les extrêmes, c’est-à-dire les meilleurs alliés du maintien du monopole, l’assurance tout risque contre toute contestation, l’épouvantail qui sert à jeter les moineaux dans le filet des chasseurs.
Il n’y a donc qu’un seul chemin possible, et je le dis sans forcer le trait, un seul chemin possible pour les millions de Français qui rêvent d’un autre destin, et c’est ici que ce chemin commence.
Je le dis sans orgueil ! Et je ne suis pas rassuré d’avoir à vous le dire.
Je préfèrerais qu’il y ait d’autres réponses, et on choisirait entre nous la meilleure !
Mais la vie a fait que les autres ont renoncé. Peu à peu, tous ceux, et ils sont nombreux, qui ont songé un jour ou l’autre à contester le monopole à deux, tous ceux qui ont formulé le même constat que le nôtre, ceux qui ont voulu offrir, un jour ou l’autre, à leur pays, un autre choix et un autre destin l’un après l’autre, ils ont été obligés de renoncer.
Je pense à eux, à Valéry Giscard d'Estaing, je pense à Raymond Barre, je pense à Jacques Delors, je pense à François Léotard, je pense à Alain Madelin même si ça vous surprend, je pense à Simone Veil, je pense à Bernard Stasi avec qui j'étais hier et à qui j'envoie une pensée affectueuse, je pense même à Méhaignerie égaré dans son actuelle fonction, je pense à Michel Rocard que nous recevions hier, tous ceux qui ont voulu faire mentir cette fatalité, tour à tour "deuxième gauche" ou "deuxième droite".
Et je sais, en disant leur nom, que là où chacun se trouve, parfois en ce moment assez loin de nous, il entendra l’écho de ces mots et peut-être il y reconnaîtra l’écho du combat qui fut le sien.
Et je vais vous dire ceci. Ce n'est pas un hasard s'ils ont été amenés à renoncer ou à éluder le combat qu'ils ont mené. C’est un combat dur. Les femmes et hommes que je viens de nommer sont des femmes et hommes de qualité, intellectuelle toujours, morale souvent. Mais c'est difficile, parce qu'il faut supporter les sarcasmes de ceux qui se croient puissants. Il faut supporter l’état de minoritaire, avant d'espérer devenir majoritaire, dans un pays où seules les majorités ont voix au chapitre.
Eh bien, de tous ceux-là, je n’ai rien oublié de leurs combats, de ce qui fut parfois leur victoire éclatante en 1974. Et même s’il leur arrive, pour quelques uns d’entre eux, d’avoir tourné la page sur ce combat, je veux leur adresser en votre nom, depuis le front où nous allons nous battre, le salut et l’amitié de leurs compagnons de combat.
Ne vous trompez pas ! Pour nous aussi, pour nous plus que jamais, le combat sera dur, et âpre, et plein de coups bas, visibles et invisibles, les plus attendus des coups bas, et je vous le promets les plus inattendus.
Mais je crois cependant qu’il faut livrer ce combat, que c’est comme ça, que c’est notre devoir et qu’on ne se dérobe pas une fois quand on est une femme ou un homme debout, une fois qu’on a compris où était le devoir.
Et je crois que, ce combat - je vais utiliser un verbe qui pour moi a tout son sens - je crois que ce combat nous pouvons le gagner.
Vous entendez bien : non pas figurer, même honorablement, non pas seulement faire un bon score.
Je crois que nous pouvons gagner , gagner l’élection présidentielle, construire une majorité nouvelle, non pas la majorité d’hier, ou celle d’avant-hier, gagner dès l’instant que les Français auront démêlé les ficelles du jeu, les ficelles par lesquelles on les transforme en marionnettes. Nous pouvons gagner, et nous le devons.
Parce qu'une fois qu’on a compris la réalité du jeu, l'utilisation des ficelles, on a recouvré sa liberté. Et quand on a trouvé sa liberté, alors rien ne résiste, en tout cas, rien ne résiste longtemps.
Le combat sera âpre, d’abord parce que le déséquilibre des moyens est spectaculaire.
Je ne parle pas seulement des moyens financiers, c'est déjà beaucoup, puisque par rapport aux deux partis dominants et minoritaires, le rapport de nos moyens est de un à huit avec l'un, de un à dix avec l'autre.
Il y a plus grave et plus profond.
Je parle de l’influence. Je parle de l’orchestration. Je parle de l’organisation qu'on ne voit pas vraiment, d'un enchaînement subtil en quatre temps, télévision-sondages-médias-et retélévision.
Il a suffi d'assister à l'été médiatique des deux dominants-minoritaires pour comprendre comment ça marche. Il dépend des Français qu'ils le comprennent. Les minutes de télévision font les sondages, les sondages font les médias qui justifient à leur tour que vous repassiez à la télévision. Et ainsi la mécanique apparaît impossible à contredire.
Et cela qui paraît déjà préoccupant, ne le serait pas tout à fait autant si ne se mêlait à ce système quelque chose de plus préoccupant encore : le lien d’intimité et d’intérêt entre ces puissances et le pouvoir, actuel ou futur.
Imaginons, en effet, je vais prendre une hypothèse totalement absurde, que de grands groupes de médias soient liés à de grands groupes industriels qui aient avec l’État des rapports de client à fournisseur…
Il paraît que cela se produit dans certains pays. Je lisais dans un grand journal du matin, qui s’en émouvait à juste raison en disant que la démocratie est en péril, que cela se produit non loin de nous, sur notre continent… en Russie.
Alors - on est toujours bien entendu dans l’imagination - quelque chose d’autre peut traverser la tête de ceux qui seraient dans ce type d’influence. Alors la tentation peut être grande d’assurer le destin en présélectionnant non pas comme en 1995 un candidat (c'était d'ailleurs le nôtre, ce qui nous arrangeait), mais deux favoris, un dans chaque camp, en les protégeant d’étoiles bienfaisantes. De former la boule de neige qui va rouler, rouler, jusqu’à la première page des magazines, pour illustrer les jolis maillots de bains de l'été…
Disons que c’est plus facile pour la suite. Ça s’appelle "assurance tout risques".
Eh bien je pense qu’il y a là quelque chose de risqué pour la démocratie de l’avenir.
Cela est pour moi un sujet de préoccupation.
Nicolas Sarkozy assume publiquement cette proximité, et même cette intimité avec les détenteurs de ces immenses puissances, de ces forces de frappe industrielles et médiatiques qui jouent un si grand rôle dans la formation de l’opinion.
Mais la gauche connivente, dite « caviar » a fait de même pendant très longtemps, même si c’est plus discrètement.
Berlusconi en a fait la clé de sa puissance, sans même, lui, avoir à s’embarrasser d’intermédiaires. Mais faites attention : le même Berlusconi a prouvé lors des élections italiennes que la force de ces organisations était immense, pour à une poignée de voix, lui garantir la victoire, alors qu'il était en situation de rejet profond.
J’ai une approche toute différente de celle de Nicolas Sarkozy, de Berlusconi, et de la gauche connivente.
Je pense qu’il est de la plus haute importance, pour la démocratie, pour la République, de mettre de la distance entre le pouvoir et les puissances d’argent, financières et médiatiques.
Au XVIIIème siècle, Montesquieu a théorisé la séparation des pouvoirs, à l’intérieur du politique. Il a dit : il y a l’exécutif, le législatif, le judiciaire, à l'intérieur. Dieu sait qu'en France cette séparation n’est pas achevée.
Puis la France a choisi, avec mon camarade Henri IV d'abord, avec l’édit de Nantes, puis les grands combats de la laïcité, nous avons choisi de séparer l’État de la religion.
Eh bien il faut aujourd’hui une autre séparation des pouvoirs : il faut séparer la politique de l’économique et l'économique qui tient le médiatique.
Il faut que le citoyen (parce qu'il ne s'agit pas de nous dans cette affaire, ou très accessoirement) il faut que le citoyen ait la certitude, que le pouvoir politique n’est engagé dans aucune autre solidarité que celle qu’il doit à ceux qui l'ont délégué pour exercer la fonction de responsabilité, à ses concitoyens.
Je proposerai dans mon programme de campagne que cette garantie de séparation soit apportée par la loi.
Naturellement, il faut du capital aux entreprises de presse. Mais ces intérêts doivent être indépendants de l’État, comme c’est le cas dans toutes les grandes démocraties de la planète.
Alors je ne suis pas tout à fait dans l’ignorance de ce qu’une telle affirmation fait courir comme risque, médiatique en tout cas, en France en 2006, à quelqu'un qui souhaite être candidat à l'élection présidentielle.
Mais si nous voulons rendre à la République et à la démocratie l’adhésion des citoyens, l’adhésion des Français, alors il faut réconcilier la République et la démocratie avec les principes que l'on enseigne aux enfants avec l'éducation civique dans les écoles.
Et c’est plus important, en tout cas, c’est préalable à bien d’autres réformes.
Parce que le principe de la démocratie, ce qui fait qu'elle vit ou qu'elle meurt, c'est la confiance, que le citoyen ait la certitude que les cartes sont sur la table, que tout le monde peut les voir, que tout le monde, simple citoyen, peut être averti des raisons des grandes décisions d’État. C’est la transparence qui préside aux choix nationaux. Nous choisissons les cartes qui sont sur la table, non pas celles qui sont sous la table.
La transparence, contre la connivence. Et la connivence doit être écartée, doit devenir impossible.
La France a vécu et souffert de connivence, il est temps qu’elle en sorte. C'est pourquoi nous voulons cette séparation de la politique, de l'État, des intérêts financiers et des médias.
Ces principes-là, ce sont ceux qui ont fait la France républicaine !
Ce sont les instituteurs de la République, avec leurs idées droites, avec leur idée toute simple de l’instruction civique.
C’est le général de Gaulle quand il disait, tout simplement, avec hauteur cette phrase transparente et éclairante : « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille » de la Bourse.
C’est Raymond Barre, quand il défendait avec nous l’État impartial ! L’État impartial, qui est un recours pour tous, et non pas un compère dans le jeu économique…
Nous, citoyens, nous avons le droit que les choses de la République soient droites.
Nous avons droit à ne pas avoir à soupçonner constamment que quelque chose se passe par dessous, que les décisions d’État sont influencées ou influençables…
Et si « rupture » il y a, si on veut une rupture, eh bien mes amis, voilà une rupture !
Voilà une alternative au système.
Mais sortir du monopole, clarifier les rapports de l’État avec les influences qui pourraient s’exercer le plus aisément sur lui est une chose.
Encore faut-il que nous trouvions les garanties pour ne pas recréer un monopole quand les Français auront tranché !
Nous ne devons pas contester le monopole à deux de l’UMP et du PS pour recréer, à supposer qu’on puisse y parvenir, un autre monopole, le monopole de l’UDF.
Je pense que les monopoles du pouvoir sont nuisibles en eux-mêmes et que, quand on n’est pas obligé de se préoccuper du citoyen, de son avis, de son information, de sa conscience, alors on est sûr de se tromper.
C’est pourquoi la démocratie, ce n’est pas le pouvoir, ce sont les contre-pouvoirs, ce sont eux qui protègent les citoyens. Et ce sont eux qu'il faut rebâtir en France.
Et la première garantie de la démocratie, c’est le pluralisme.
Il est scandaleux que notre Parlement soit non pas la représentation des Français, mais seulement la représentation des seuls Français majoritaires, électeurs des partis dominants. C'est scandaleux et nous voulons que ça change.
Si les élus ne représentent que les majoritaires et les dominants (minoritaires en voix), ils ne peuvent pas être des législateurs impartiaux, et ils ne peuvent pas organiser le débat, exercer le pouvoir, ou plutôt le contrepouvoir du contrôle.
Voilà pourquoi il est de la plus haute importance républicaine, du plus haut intérêt général que les Français soient également, au même rang, représentés à l’Assemblée nationale.
Et je ne le dis pas seulement pour nous, ou pour les Verts, je le dis aussi pour ceux que j’ai combattus et que je combats : l’extrême droite et l’extrême gauche.
Je n’hésite pas à dire qu’il est anormal qu’avec des millions de voix l’extrême droite et l’extrême gauche ne soient pas représentées à l’Assemblée nationale.
Je préfère les combattre à visage découvert, franchement, plutôt que de voir ces idéologies funestes ou dangereuses cheminer souterrainement, progresser à bas bruit et surgir en un instant, pour que tout d'un coup la démocratie française ne puisse plus s'exercer.
Et il n’est pas normal que le débat ne puisse s’organiser en France, du fait du droit de passage en force que le 49-3 donne au gouvernement.
Il est de la plus haute importance démocratique que ce droit de passage en force soit abrogé et que parallèlement soit organisé le droit de résistance de l’opposition à un texte.
C'est un petit peu technique, mais je veux en dire un mot en partant d'un exemple, le débat dans les jours qui viennent sur la privatisation de GDF.
Comme beaucoup de mes amis députés UDF, je ne voterai pas le projet de privatisation de Gaz de France.
La planète se trouve en effet devant deux crises menaçantes, liées l’une à l’autre étroitement.
Une crise menaçante sur l'épuisement des énergies fossiles. Une crise menaçante du climat.
Quelle est la portée du risque qui monte devant nous ? Personne ne le sait exactement.
J’ai rencontré depuis des mois les scientifiques les plus éminents, j’ai lu beaucoup de contributions, publiques et plus discrètes.
Je n’ai rencontré aucun scientifique, aucun expert, pour considérer que ces deux immenses risques n’existeraient pas, ou qu'ils seraient négligeables.
Tout le monde sait qu'il y a un risque d’approvisionnement. Le nombre de pays producteurs de gaz, à la différence du pétrole, est extrêmement réduit. Deux sur trois de ces pays sont en situation instable et susceptibles, on l'a vu récemment avec l'Ukraine, de considérer leur précieuse matière première non pas comme une richesse économique, mais comme une arme politique.
Il y a parallèlement un risque écologique. Le gaz est l’énergie fossile la moins polluante pour l’effet de serre (une fois et demi moins de gaz à effet de serre que le pétrole, deux fois moins que le charbon).
Dans un tel contexte de risque, le principe de précaution exige à mes yeux, à nos yeux, de conserver une capacité d’action publique forte.
Ça n'est pas en dire du mal que de rappeler qu'une entreprise privée, privatisée, agit d’abord dans l’intérêt de ses actionnaires. Une entreprise à majorité publique peut entendre à condition qu'on le veuille, d’autres raisons, d’autres préoccupations. Par exemple, s'il intervient une crise, si on est en situation tendue, elle peut arbitrer ses choix de stockage, ou de déstockage, non pas par la seule considération du prix de marché, mais en considération de l’intérêt national traduit pour elle par la puissance publique.
Et cela explique que l’UDF défende les engagements pris il y a quelques mois par le gouvernement et par la majorité, de ne pas descendre au-dessous de 70 % des parts dans Gaz de France, et dont il n’y a aucune raison de faire litière : la parole donnée par la loi, par les parlementaires, mérite qu’on la défende, du moins de la part de ceux qui, comme nous, ont voté la loi en conscience !
GDF, comme hier les autoroutes, a été édifié par les Français. C’est l’effort des Français qui a construit le réseau, jusqu’au plus petit village. Et je trouve qu'il n’y a aucune raison de l’oublier.
Nous jugeons donc que cette décision est mal inspirée.
Mais il nous paraît que le Parti socialiste est aussi mal inspiré aussi en choisissant de déposer des dizaines de milliers d’amendements dont le but est d’empêcher non pas l’adoption du texte, mais l’examen du texte.
Si vous voulez bien y réfléchir avec moi, cette décision du Parti socialiste, contrairement aux apparences, ne dessert pas le gouvernement, elle le sert.
Car vous savez bien que ce gouvernement, ne veut pas le vote. Il veut tout, sauf le vote. Au sein de son parti des voix se font entendre pour défendre le même point de vue que le nôtre.
Et donc le PS lui rend le signalé service de lui servir le 49-3 sur un plateau, de lui apporter en même temps l’obligation du 49-3 et le prétexte de son utilisation. Et je vous laisse décider, vous qui êtes des connaisseurs, si c’est totalement un hasard…
Et dans ce cas, le Parlement n’est pas un contrepouvoir, il justifie lui-même l’évitement du débat.
Le Parlement de l’avenir, le Parlement que nous voulons, ne connaîtra pas le passage en force, mais il ne connaîtra pas non plus l’obstruction insurmontable qui oblige au passage en force.
La règle devrait être que l’opposition a droit, c'est légitime à mes yeux, à une période de blocage, pour attirer l’attention de l’opinion, pour que mûrisse la réflexion des citoyens, ce qui peut être utile et juste, mais qu’au bout de cette période, par exemple au bout de quinze jours, le vote est de droit que le texte ait pu être entièrement examiné ou pas. L’opposition a droit à imposer des prolongations, mais elle ne peut pas supprimer le match que constitue l'examen d'un texte.
Quand je dis alternative au système qui est en place depuis vingt-cinq ans, voilà les éléments concrets de cette alternative
Je veux apporter un autre élément de cette alternative.
Il y a cinquante ans que la France se vit camp contre camp.
C’était fondé pendant une longue période ! À l’époque où l’idéologie des uns s’accommodait et parfois niait la dictature soviétique et même parfois défendait les principes de cette dictature, et où les autres combattaient la dictature, il y avait entre les deux camps de l’irréductible.
Mais l’histoire est passée par là. Les alternances sont passées par là. Et nous avons découvert, ce que nous soupçonnions depuis longtemps, qu’il y avait des gens compétents, réalistes et généreux dans les deux camps.
Et nous avons vérifié que l’antagonisme aveugle des partis dominants, droite contre gauche, empêchait l’évolution, les réformes justes dans notre pays.
Il faut donc changer de perspective et proposer une nouvelle démarche politique.
Camp contre camp, avec interdiction de se parler entre les camps, c’est absurde pour deux raisons. D'abord parce que cela empêche de parler et de travailler ensemble des hommes qui sont en fait d’accord sur tout ! Surtout cela oblige ces hommes qui sont d'accord sur tout à travailler avec des gens avec qui ils ne sont d'accord sur rien !
Cela oblige Rocard, ou Kouchner, ou Strauss-Kahn à faire semblant d’être plus près de Besancenot que de moi. Alors que bien sûr, ils n’en croient pas un mot…
Et le même sectarisme m’obligerait, si j’acceptais encore de telles obligations, ce qui je vous assure est derrière moi, à me sentir plus près de l’extrême droite que de ces hommes du centre-gauche, avec qui sur les valeurs nous sommes en accord profond.
C'est cela que nous devons changer, qui ne doit pas perdurer, pour la France.
Je suis décidé à proposer aux Français une autre démarche politique, une majorité nouvelle, une majorité d’ouverture.
J’ai invité avec bonheur à cette université Nicolas Hulot, Michel Rocard, Michel Barnier.
Une personnalité écologiste, une personnalité socialiste (lui n'a jamais employé le mot « socialiste », il a dit « social-démocrate », ça me va), une personnalité UMP (il a dit « gaulliste, social, et européen », ça me va très très bien).
Vous qui avez assisté au débat: au cours de cette journée, dans les heures de débat que nous avons eues ensemble, sur des thèmes difficiles, la protection de la planète et de la biodiversité, le développement durable, la réforme de l’Éducation nationale, l’avenir de l’Europe, si quelqu’un a entendu le moindre couac, la moindre divergence, celui-là qu'il se montre, je lui paie un sonotone !
Comme vous l'avez senti, nous n’avons pas fait semblant. Nous avons seulement exprimé la vérité.
Et comme eux, ils sont légion. Légion dans la vie politique française. Ils le disent tout bas. Ils le chuchotent dans les couloirs, ou quand on parle vraiment dans les couloirs de l'Assemblée nationale ! À gauche comme à droite. Je sais gré à nos invités d'avoir assumé, publiquement. Les autres, pas encore, mais ça viendra.
Je veux faire sauter ces murs et ces barrières d’un autre temps.
Ma conviction est celle-ci. Il faut former un gouvernement non plus à partir des étiquettes, mais à partir des compétences. Il faut laisser derrière nous le sectarisme. Il faut former un gouvernement pluraliste qui représente non plus un seul clan, mais des sensibilités différentes, et compatibles entre elles, qui font la réalité du peuple français. Il faut former une majorité non plus à partir de la domination d’un parti, mais à partir d’un contrat de majorité, discuté, négocié, ou personne ne perdra la face, afin que le pays comprenne qu’il va être entendu dans la diversité de ses attentes.
Je vous le disais, l’UMP, le PS, dans les bonnes années c’est entre 20 et 25% des Français, les grandes années c'est 28%. On ne fait pas une base pour soutenir les réformes et l’évolution de la société avec des partis à ce point minoritaires en voix.
Il faut élargir cette base, et c'est essentiel pour redresser le pays. Il y a des moments dans l’histoire d’un peuple où il a besoin que tous ceux qui, en son sein, ont la capacité et la volonté de construire ensemble, même s’ils se sont opposés hier, se réunissent pour reconstruire le pays.
En 1945, le Général de Gaulle a jugé qu’il était de son devoir de le faire, y compris souvenez-vous, avec les communistes.
En 1958, le Général de Gaulle l’a fait, cette fois sans les communistes, mais en obligeant tous les grands partis de l’arc démocratique français à faire ensemble les premiers pas de la reconstruction du pays.
Je suis heureux que nous ayons pu montrer, naturellement, simplement, franchement, que nous pouvions parler ensemble avec ces personnalités qui sont venues nous voir, proposer ensemble. Je serai encore plus heureux le jour où tous ceux-là pourron





