2007.04.14

UN "AINSI" GÉNÉTIQUE


podcast

La réflexion du "petit Nicolas" - "on naît...", dans un échange avec Michel Onfray fait scandale. "Le candidat" à l'élection présidentielle prétend en effet expliquer par le déterminisme génétique aussi bien le suicide des jeunes que le cancer du fumeur.

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D'ailleurs, pour lutter contre la délinquance dès l'école maternelle, ce "sinistre de l'intérieur" s'autorisait déjà l'an dernier d'un rapport sulfureux de l'Inserm, condamné récemment par le Comité national d'éthique, sur "l'héritabilité (génétique) du trouble des conduites".

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Aux States, la révolution conservatrice affirme démontrer, en superposant quotient intellectuel, race, et gènes, que l'intelligence serait innée, et inégalement répartie selon la couleur de peau. Or, si l'ordre social repose sur l'ordre biologique, pourquoi s'entêter à vouloir le modifier ? On comprend le succès du déterminisme génétique chez les ennemis de l'Etat-providence. Les inégalités seraient fondées en nature : chacun est bien à sa place.

Que "le petit candidat" puise ses idées dans les eaux troubles d'une idéologie réactionnaire qui rappelle les années 1930 ne doit pourtant pas masquer l'autre face de ce danger, non moins grave, qui tient à la confusion de sa rhétorique, ou plutôt à sa rhétorique de la confusion.

Il dit systématiquement une chose et son contraire.

Revenons à son dialogue philosophique. Le "petit Nicolas" déclare d'abord : "Il n'y a pas d'un côté des individus dangereux et de l'autre des innocents." Et d'expliquer : "C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons tant besoin de la culture, de la civilisation." Puis, lorsque Michel Onfray lui répond que "ce sont les circonstances qui fabriquent l'homme", il se cabre et change de position : "Mais que faites-vous de nos choix, de la liberté de chacun ?

Et comme le philosophe enfonce le clou du déterminisme sociologique, c'est finalement en réaction que le candidat s'approprie la génétique - au mépris des arguments qu'il vient d'avancer lui-même : "Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on "naît...", et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie." Bref, en trois paragraphes, trois arguments différents : la culture, la liberté individuelle, et la nature. Une chose, une autre, et leur contraire.

N'allons pas nous rassurer en ironisant sur cet "homme politique" qui ferait un piètre philosophe : ce serait reconduire un antagonisme entre la pensée et l'action, dont celui-ci ne s'accommode que trop bien. En réalité, l'incohérence est aussi une politique. C'est d'abord une question d'opportunisme intellectuel.

Ainsi, interpellé sur son refus d'ouvrir le mariage aux couples de même sexe, le petit Nicolas déclare : "Je n'ai pas fait le choix de la sexualité, je suis né hétérosexuel." C'est que "le petit candidat", dont la position est dictée par la crainte de déplaire à son électorat conservateur, n'avait aucun argument à objecter aux revendications d'égalité - sinon, simple tautologie, qu'on "donne alors à la société une image de la famille qui n'est pas celle que je souhaite que l'on donne".

Aussi est-il réduit à invoquer, au principe d'une conviction forcément intime, sa nature hétérosexuelle. "Naître", c'est le degré zéro du raisonnement, un "c'est ainsi" génétique, à défaut d'autres arguments. Mais cette faiblesse intellectuelle est aussi une force rhétorique. Car à force de dire tout et l'inverse de tout, "le petit Nicolas" parvient à son but : on ne sait plus où on en est. On rassure les parents, déclarés non responsables, et on stigmatise les parents irresponsables. On dénonce les violences, et on justifie des violences. On s'affiche en défenseur des classes populaires, et on redistribue l'argent aux riches. On fait miroiter des régularisations, et on donne en spectacle des expulsions. On se pose en ami des minorités raciales, et l'on couvre les violences policières racistes. On invoque l'identité nationale et ses relents maurrassiens, pour la définir ensuite par l'égalité républicaine entre les sexes.

Dans les banlieues, on manipule tour à tour le lexique de la "racaille" et de la "discrimination positive". Sur les boulevards, sous couvert de sauver les prostituées de la traite, on les persécute au quotidien. Et de même sur l'école et le travail, l'islam et la laïcité, l'économie et l'écologie, l'Amérique et l'Europe, bref, sur tous les sujets.

La rhétorique du "petit Nicolas" participe ainsi d'une politique d'affolement, au même titre que son agitation tourbillonnante et sa fébrilité vibrionnante. En ne respectant jamais le principe de non-contradiction, le candidat rend la contradiction impossible : comment s'opposer à lui quand il dit tout et son contraire ? Le discours politique n'a plus aucun sens, et toute réponse, critique ou solution alternative, est piégée d'avance - récupérée et discréditée par la logorrhée du "candidat".

Même Jean-Marie semble déboussolé, réagissant aux propos du "petit Nicolas" : "il a dû se tromper, ce n'est pas possible".

Cette confusion politique est une politique de la confusion : désorienter la politique par un discours désordonné, c'est créer les conditions de l'avènement d'une droite de dérive, plutôt que de rupture.

"Le petit Nicolas", c'est celui par qui le désordre arrive, dans la société, et dans les esprits. Et c'est sur cette stratégie du désordre, tant social qu'intellectuel, qu'il bâtit sa politique d'ordre. Malheur à lui - ou malheur à nous, démocrates de peu de foi ? Car il faudrait avoir la mémoire bien courte pour ne pas trembler devant cette irrationalité stratégique. Si le vocabulaire politique ne veut plus rien dire aujourd'hui, alors, quel sens la démocratie pourrait-elle encore préserver demain ?

posted by OSTIAN@09:58PM
source Eric Fassin,
sociologue et enseignant à l'Ecole normale supérieure,
chercheur à l'IRIS
Article paru dans l'édition du 13.04.07
photo-copy flickr gamma
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medium_logoKM.jpgThank you for flying KMAIR*,
we hope you had a pleasant flight,
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2006.08.08

MARCHER SUR LES EAUX, TRAVERSER LE FEU


podcast

Le savoir intellectuel ne nous libère pas de la peur. Mais celui qui marche selon la foi est totalement libre ; il peut user librement de chaque chose. Ceux qui sont épris d'amour pour cette foi usent comme Dieu lui-même de tous les éléments de la création, car la foi a le pouvoir de faire une créature nouvelle à la ressemblance de Dieu…

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La connaissance intellectuelle ne peut rien faire sans une base matérielle ; elle n'a pas l'audace d'accomplir ce qui n'a pas été donné à la nature. Le corps ne peut pas marcher sur la surface des eaux ; ceux qui s'approchent du feu se brûlent. Dès lors la simple connaissance se tient sur ses gardes ; elle ne se laisse jamais aller au-delà des limites naturelles. Mais la foi a le pouvoir d'aller plus loin et dit : « Si tu passes à travers le feu, il ne te brûlera pas. Et les fleuves ne t'engloutiront pas » (Is 43,2). Souvent la foi accomplit de telles choses aux yeux de toute la création. S'il avait été donné à l'intellect d'essayer de faire les mêmes choses, il n’aurait jamais osé.

Par la foi beaucoup sont entrés dans les flammes…, ils ont traversé le feu sains et saufs, et ils ont marché sur la mer comme sur la terre ferme. Toutes ces choses étaient plus hautes que la nature et contraires aux modes de la simple connaissance intellectuelle. Elles ont montré combien celle-ci était vaine en toutes ses voies et toutes ses lois.

Vois-tu comme l'intellect observe les conditions de la nature ?
Et vois-tu comme la foi va son chemin en marchant plus haut que la nature ?

posted by DELPHINE@07:56AM
La Santa Sede
Palazzo Apostolico di Castel Gandolfo
Saint Isaac le Syrien (7ème siècle), moine à Ninive, près de Mossoul dans l’actuel Irak
Discours ascétiques, 1ère série, n° 62 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 331 rév)
photo-copy flickr gamma Reflections: Water on fire 3 (the bottom of the pool)
Originally uploaded by mistca.
Stata Center for Artificial Intelligence at MIT in Cambridge, MA (USA) built by Frank Gehry.

This is the last photo of three reflections in a little courtyard where the light of the setting sun got reflected from very reflective shiny metal plates onto the brick pavement making the illusion of the bottom of the pool. The first time I saw it it looked like some strange cosmic phenomenon until I realized that it looks like swimming pool water on fire.. It was a true strike of luck to be there at that very special moment when the very special lighting has created this increadible illusion.

Photoshop was used for the minor enhancement of the contrast and tonal balance and crop. In the upper right corner I left a little bit of background to give a viewer the point of reference....
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