2006.10.16
NOUVELLE LETTRE TOSCANE
Le Florentin fut toujours porté vers le plaisir des réunions où naissent les débats. Robuste et chantante, sa voix se prête à l'esprit de répartie où la blague joue à cache cache avec la sensibilité. Décocher en public des flèches trempées de malice et susceptibles de se souder dans les blessures, lui plît autant que d'adresse le compliment, jeu tout en dentelle analogue à celui du fleuret dans l'air. Quand le coup ne porte point, il ne reste rien de l'arabesque.
Les mots semblent cueillis parmi les fleurs des champs. Entre les bleuets, le violiers et les mauves, pousse la plante de la comparaison destinée à embellir la gent humaine. La main caresse le corps, la parole l'âme. Le délire flateur des vocables trouve les vanités qui, fardées comme de pauvres filles de joie, ne demande qu'à se prostituer aux compliments.
Le Florentin se délecte aux acrobaties de la pensée fantaisiste, qu'il interprète musicalement à l'aide de phrases langoureuses. La fausse note lui brise le tympan. Extasié, il se pâme aux modulations suaves et aux pauses qui vibrent comme le bronze d'une cloche arrêtée dans son envolée.
L'oreille florentine adore le point d'exclamation qui éclate tel un épi mûr. Elle marque une antipathie profonde pour le point d'interrogation, dont la forme, comme un clou martelé de travers, réclame de l'aide. Il comporte l'attente d'une réponse bien inutile
car à Florence, l'ami qui vous parle se parle...
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Copia del David di Michelangelo in piazza della Signoria a Firenze
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Thank you for flying KMAIR*, we hope you had a pleasant flight, please fly with us again...
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2006.08.29
DANS LA CAGE DORÉE

À Turin, dans la cage dorée d'où il devinait la lente érosion du pouvoir de son père, Umberto donnait le change aux fascistes en recouvrant leurs vociférations des accents d'une fête permanente et légère.
Dans les ténébreux cénacles du fascisme, le Prince à la gaieté candide n'inspirait qu'une commisération pateline. Et si quelques dossiers soulignaient pourtant que des antifascistes poursuivis avaient échappé à l'étreinte de la police aux abords du palais princier et que le joyeux noceur accomplissait assidûment ses devoirs militaires, Umberto dissipait les premiers soupçons en forçant sur les airs de valses.
Ainsi, devenu "Prince d'Amour" accrochant tous les coeurs à ses uniformes constellés de décorations scintillantes, faisait-il naître enfin un peu de bonheur de vivre que le fascisme avait voulu recouvrir d'une chemise noire. Mais les jolies artistes de la varieta et les oies blanches de l'aristocratie qui agrafaient à leur corsage les initiales de brillants qu'il leur avait offertes, étaient-elles séduites par le charme de l'héritier royal ou par cette mélancolie secrète qui se lisait fugitivement dans ses yeux à l'instant où il dérobait son regard ?
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2006.08.25
LES ENTÊTANTS PARFUMS DE L'ENCENS

De surcroît, alors que rien n'apaisait le trouble du royaume, le fardeau d'un étrange péché originel se faisait de plus en plus lourdement sentir, fissurant gravement jusqu"aux assises du trône.
La maison de Savoie, avait fait l'unité de l'Italie contre le pouvoir temporel du pape, après lui avoir arraché ses États, en régnant sous ses fenêtres du Vatican. Rome était la capitale du pays ; les catholiques n'étaient plus certains qu'elle fût celle de l'Église.
Prisonnier volontaire, le souverain pontife torpillait par l'abstention de ses fidèles et des douceureuses intrigues de l'aristocratie noire à sa dévotion toutes les tentatives de rénovation politique.
Victor-Emmanuel, excomunié comme roi, mais catholique comme simple fidèle, au terme d'une argutie juridique où tout le monde s'était somme toute assez bien retrouvé pendant longtemps, redoutait désormais une offensive papale. Umberto le suivait mal dans ses craintes. l'entrain et la gaieté qu'il avait hérités de sa mère avaient protégé sa jeunesse contre les soupçons et les doutes. Sa foi candide lui faisait envisager l'Église avec confiance, alors que son père, au demeurant fort tiède et empreint de scientisme, sentait bien que, sous les entêtants parfums de l'encens et l'apparât de la sainteté, sommeillait l'inextinguible rancune d'un rival redoutable.
Cependant, les ivresses de la guerre continuaient à se dissoudre dans une gueule de bois collective de plus en plus sombre. La machine économique, pervertie par l'effort militaire, ne parvenait plus a se remettre en marche, jetant dans les villes surpeuplées de paysans chassés par la faim des milliers de chômeurs aisément manipulables par toutes sortes de prédicateurs sociaux. À l'extention du désordre, à l'éclatement spontané de grèves de plus en plus durables et à l'impuissance des politiques, répondait la panique grandissante des possédants.
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Incienso en la procesión de Corpus en la Catedral de Barcelona. Junio 2006
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2006.08.23
CES MOTS IRONIQUES ET CRUELS

L'adolescent accepta sans révolte le crépuscule soudain de sa liberté,
se soumettant à une éducation devenue soupçonneuse et rigide. Il aimait son père ; admirait son énergie et son courage, et ainsi le voyait-il toujours plus grand que ses semblables. Mais comment le lui dire, alors que le souverain se repliait peu à peu sur lui même en prodiguant autour de lui ces mots ironiques et cruels qui résument si bien la vérité des êtres mais aliènent pour toujours leurs élans de tendresse ?
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Umberto, Prince de Piémont. Affable, tolérant et cultivé, il a détesté l'expérience de la guerre mais apprécié le cadre protecteur offert par l'armée et vit une morne existence de garnisons, entre les sèches injonctions de son père et la surveillance de plus en plus étouffante des aigrefins du fascisme. Ses bonnes fortunes, réelles ou supposées, font rêver toutes les Italiennes qui voient en lui, selon les âges, le prince d'amour ou le gendre idéal.
Rien qui puisse le consoler vraiment d'une jeunesse contrainte ni lui permettre de concrétiser une rébellion douce mais obstinée, qui ne rencontre aucun écho autour de lui.
In Memoriam A.T.
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2006.08.21
DE FROIDEUR OBSCURE ET CONSTANTE

Cependant, le déferlement d'enthousiasme qui salua enfin la victoire masquait mal les blessures béantes infligées par la guerre à la société toute entière.
Les nationalistes, à peine remis de la frayeur où les avait plongés des catastrophes militaires successives, étaient ivres de revanche. Ils ne réclamaient plus seulement l'unité du pays, mais son extension sur des territoires étrangers, en s'attirant les sarcasmes des alliés. La population épuisée par l'effort de guerre, se voyait rejetée dans cette misère dont les ministres lui avaient fait entrevoir la fin. Était-ce donc pour cela que l'on s'était batu si longtemps ?
Victor-Emmanuel voyait monter avec inquiétude les affrontements confus de la déception, de la rancoeur et du doute qui déchiraient la banière tricolore devant laquelle il aurait voulu que la nation s'inclinât. Or, la guerre avait accentué chez le roi certains aspects sombres dee son caractère. Son miroir lui renvoyait l'image désagréable du vainqueur de l'aigle austro-hongrois : un petit homme malingre qui devait lever la tête pour parler à ses officiers d'ordonance. S'éloignant des manoeuvres et des rivalités des hommes politiques où il ne reconnaissait plus le rêve d'une Italie heureuse pour lequel il avait combattu, il devint méfiant et influençable comme l'homme de la rue qui se sentait trahi sans savoir au juste de quoi. Son intelligence aiguë et sa culture étendue ne trouvant plus guère à s'exercer dans le climat de désillusion générale où s'était abîmée la fraternité nationale, il enveloppa Umberto du pessimisme et de l'amertume que lui inspiraient désormais l'histoire et les hommes ; sans vouloir s'avouer à lui-même que la beauté grandissante de son fils asséchait son affection d'une sorte de froideur obscure et constante.
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2006.08.16
ÉTRANGES VACANCES ENFANTINES

Mais ici comme ailleurs, la Grande Guerre vint briser l'harmonie des premiers jours.
Au début du conflit, Victor-Emmanuel avait favorisé une neutralité pour le moins ondoyante, permettant de faire monter les enchères au profit de l'Italie entre les deux camps qui s'affrontaient. En mai 1915, il se rangea enfin au côté des alliés, afin d'arracher aux autrichiens détestés les dernières provinces du nord de la péninsule qui manquaient encore à l'unité de l'Italie.
Le pays de la politique et des affaires avait voulu la guerre. Celui des masses misérables la fit sans joie, et si le délai de grâce avait permis d'aligner quelques corps d'armée capables de combattre, la majorité des soldats se retrouvaient dans la situation d'une inépuisable chair à canon jetée en aveugle sous la mitraille ennemie pour des objectifs qui lui étaient étrangers. La lutte fut affreusement sanglante et l'on frôla plusieurs fois le désastre.
Victor-Emmanuel, qui maîtrisait aussi bien le personnel politique et l'état major que ses émotions propres, voulut donner l'exemple. Il demeura sur un front constamment menacé de débandade, et en retira un prestige durable auprès de la troupe, précieux capital de fidélité dont il se servira plus tard pour défendre la Couronne. Umberto venait fréquemment le rejoindre pour d'étranges vacances enfantines, dans les canonades et la boue, sans oser avouer tout l'effroi qu'il en éprouvait.
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2006.08.13
NOUVELLE LETTRE DE RACONIGI

C'est dans le grand domaine de Raconigi, au Piémont des Alpes, qu'Umberto passa le plus clair de sa petite enfance, dans l'atmosphère d'éducation naturelle, familiale et moderne à laquelle Elena était attachée et dont elle consignait les images sur son appareil photo et la caméra que le roi lui avait offerts.
Gymnastique, promenade, vie saine et sans apprêts ; autant d'enfants que Dieu en fera la grâce, amusements, bicyclette, bains de mer et goûters, on parle français entre soi, pas trop de prières et guère de tabous ; ce qu'il faut, c'est être tolérant, ouvert et honnête, et surtout aimer l'Italie ; le reste, la politique et ces socialistes de plus en plus nombreux avec lesquels il n'y a pas de raison que l'on ne parvienne à s'entendre, ce sera pour plus tard. Il faut laisser aux enfants le temps d'acquérir des souvenirs heureux dans la chaleur d'une famille unie.
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2006.08.12
DANS LA LUMIÈRE DORÉE

Au printemps, à Rome, on dirait que le matin dure tout au long du jour.
Et, en ce mois de Mai 1946, Umberto, roi d'Italie depuis quelques heures, espère encore en un même renouveau de son royaume tandis qu'il se présente, entouré de sa femme et de ses enfants, devant des foules de plus en plus nombreuses, éperdument désireux de bien faire et de tourner la page de vingt-cinq années de tragédies imposées par le fascisme. Mais s'il est l'image de l'avenir pour la multitude de ses fidèles, une autre Italie, dévastée de ruines, de souffrance et de misère, a déjà détourné son regard ; pour elle, la fin du long et sanglant hiver s'appelle République.
Ainsi, après quatre semaines de règne et six jours de confusion au rythme des résultats contradictoires d'un référendum qui a coupé la nation en deux, Umberto prend la décision la plus grave de son existence en refusant de prolonger la division : il se retire. Seul, en civil, comme le simple citoyen que les nouveaux dirigeants refuseront toujours de voir en lui, il s'avance désormais vers cet abandon volontaire de tout ce qu'il a tant aimé et qu'il n'avait jamais imaginé de voir quitter un jour : l'exil.
Il traverse une dernière fois la ville surchargée d'histoire et qui paraît neuve dans la lumière dorée du soleil. Sentir la fraîcheur des fontaines et le parfum des pins parasols dans les rues soudain desertes, parvenir à cette piste abandonnée où une poignée d'hommes silencieux glissent dans un regret qui ne les quittera jamais, leur sourire pour qu'il y ait tout de même jusqu'au bout et pour chacun du courage, disparaître avec ce mot gravé dans le coeur que chaque nouvel instant qui passe tente déjà d'effacer : revenir.
Et puis, lorsque s'efface le dernier rivage de la dernière île, accepter enfin ces larmes qui viennent puisqu'il n'y a plus personne à consoler si ce n'est soi-même.
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un tramonto sul tevere
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2006.08.10
À TROIS HEURES TRENTE

Il ne parlait plus, et puis, juste avant de mourir, on l'a entendu prononcer le mot Italia.
Alors, moi, quand j'ai appris la triste nouvelle de sa mort, j'ai fait un communiqué très simple : " Aujourd'hui, à trois heures trente, le roi Umberto est mort et son dernier mot a été Italia."
posted by TANCREDE@08:00PM
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2006.07.09
°°°°°°°°°°°°°°°______° !
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