2005.11.24
DE L'ÉGOTISME CLINQUANT
"La belle vie dans la sale industrie du rêve". Ainsi est sous-titrée cette extraordinaire biographie non autorisée de Dean Martin, chanteur, acteur, star, incarnation mythique du rêve américain, jouisseur invétéré... mais aussi petite frappe plus douée pour les mauvais coups que pour les études, homme trouble que la mafia a mis sur le chemin du succès. Un personnage hors du commun qui a connu les plus grandes étoiles (Sinatra, Jerry Lewis, Marlon Brando, Marilyn, etc.), aimé les plus belles femmes du monde, gagné plus d'argent qu'il n'en pourrait jamais dépenser.
À partir de l'existence de cet homme hors normes à qui rien ni personne ne résistait, Nick Toshes a su faire bien plus qu'une simple biographie. Grâce à une documentation très abondante et des témoignages portant sur tous les âges de Dean Martin de son enfance à sa mort, il offre ici un véritable livre d'histoire récente. Pour James Ellroy, Dino est même "le roman de l'Amérique contemporaine"...
Enfin traduit en France, ce livre inoubliable qui est à la société du spectacle américaine ce que American Tabloid d'Ellroy est à la famille Kennedy : un récit sans concession qui ouvre la perspective et passe derrière les feux de la rampe, de l'autre côté de l'histoire officielle et du mythe Dean Martin. Tantôt lyrique, tantôt assassin, souvent drôle et toujours impitoyable, Nick Tosches a mis tout son talent d'excellent romancier noir (La Religion des ratés, Trinités) et d'enquêteur hors pair (Héros oubliés du rock'n roll) pour reconstituer les faits, les liens entre le show-biz et la pègre, et surtout le contexte historique de la construction de la société du spectacle. Quelques photos inédites provenant de collections privées rappellent qu'on est bien ici dans le champ de la réalité, même si celle-ci ne correspond pas exactement à l'idée trop brillante qu'on s'en faisait jusqu'alors.
C’est une étrange biographie que nous livre ici Nick Tosches et qu’il a consacrée à Dean Martin, pathétique incarnation du rêve américain au sortir de la deuxième Guerre Mondiale. Car elle a en effet ceci de singulier qu’elle allie la rigueur des plus exigeantes études, au ton sans détour du romanesque noir pour appeler un chat un chat. Romancée, là où son style pourrait agacer - Nick Tosches n’hésite pas un seul instant à inventer de toute pièce des dialogues reformulant des témoignages disparus - elle frappe au contraire par la pertinence de son expressivité. Et là où le sérieux de l’entreprise pourrait lasser, elle soulève l’admiration par la minutie des recherches accomplies.
Passant d’un registre à l’autre avec une incroyable aisance, Nick Tosches révèle ainsi le vrai objet de son travail : mettre en place une quasi sociologie de la civilisation «polyvinylique post-intellectuelle», que devient la société américaine peu après la guerre. Pouvait-il donc choisir meilleur sujet que Dean Martin, crooner indolent, dont l’individualisme intrigant inaugure l’ère de l’égotisme clinquant, suave à force de cécité ? Piètres intrigues au demeurant, où l’on croise bien sûr Marylin, les Kennedy et quelques gangsters plus vrais que nature.
Observant sans complaisance ce petit monde, Nick Toches s’abat comme un voleur sur la tombe du rêve américain. L’industrie nouvelle dont il s’éveille, celle du fantasme Kennedy par exemple, le destine à laver plus blanc que blanc les grands linceuls dont elle recouvre déjà les civilisations autres, comme au Vietnam.
On croit lire une biographie de Dean martin et l'on se retrouve plongé dans un roman. Le grand roman de l'Amérique où défilent pêle-mêle les immigrés italiens, la mafia, Hollywood, les Kennedy, Las Vegas et Sinatra. Une histoire dont le personnage principal est un insaisissable fantôme. Talentueux et inculte, roué et pathétique, cet homme public est mort sans avoir livré le secret de son improbable existence de star.
Il fallait tout le talent de Nick Tosches pour lui donner autant de vie et percer à jour une partie du mystère.
DINO par Nick Tosches.
posted by OSTIAN@18:57PM
photo-copy flickr DINO
originally uploaded by getapardo
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12:00 Publié dans LEGGERE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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