2005.11.17
BLUEBEARD HISTORY
Terrifiante, comme la folie dissimulée derrière l'ultime paravent de notre inconscient, une des plus épouvantables visions est le passage furtif, à quelques mètres, d'un homme à cheval dans la forêt...
Son histoire semble effectivement dépasser le réel mais aussi le rêve. Elle est à part, suspendue au dessus d'une époque lointaine et insondable.
Gilles, à l'orée du XV° siècle, a vraissemblablement eu la malchance de connaître dans son enfance une réalité quotidienne d'une rare violence, dès lors qu'il a été pris en charge à dix ans par son aïeul et seul parent Jean de Craon, vieux politicien et bandit déjà en tout : dans l'indifference qu'il vouait à l'éducation morale de son petit fils comme dans les régulières débauches dont ce dernier fut témoin, et certainement bientôt acteur, en sa demeure.
Il a été néanmoins préparé à combattre pour défendre férocement son territoire, ce qu'il fit au côté de Jeanne d'Arc et qui lui valut à 25 ans d'être reconnu comme l'un des plus vaillants et sanguinaires guerriers du royaume. Fait Maréchal, Gilles de Rais se retire assez tôt de la vie militaire, avec sous son aile un clan d'assassins de plus en plus organisé.
Cette retraite s'imposa rapidement, au vu de la fréquence grandissante des meurtres qui le rendront célèbre, et qui semblent avoir commencé en l'an 1432-33, quelque temps avant son trentième anniversaire et à la mort de son aïeul.
Dans les villes et les campagnes, les enfants crevaient de faim et, souvent envoyés par des parents aussi affamés, ils partaient pour demander l'aumône devant les résidences et châteaux du Maréchal à Tiffauges, Machecoul ou encore Champtocé... sans jamais en revenir. Certains disparaissaient alors qu'il travaillaient au champs, parfois devant les yeux de serfs réduits au silence sous le règne terrifiant des seigneurs dont Gilles faisait partie en cette époque où culmine la sauvagerie féodale.
Jeannot Roussin, Jean Degrepie, Jean Hubert, Jean Bernard, ils s'appelaient tous Jean, les enfants de ce temps, comme s'ils étaient tous identiques, tous le même supplicié dont le Maréchal était sans cesse à la recherche et à qui il faisait "pour son plaisir et selon sa volonté tout le mal qu'il pouvait", ainsi qu'il l'a avoué à son procès. C'est ici que le peuple a découvert enfin ce qu'il était advenu de ses enfants, essentiellement des enfançons de 6 à 16 ans. Les portes d'un château refermées derrière eux, leurs derniers instants n'étant dévoués qu'"au plaisir et à la déléctation charnelle" du Maréchal.
On aime Gilles de Rais
Maréchal fascinant et fasciné, mystique et chrétien,
d'une classe féodale fastueuse, féroce, noire, abominable, perverse et monstrueuse ;
mais en cela, justement trop proche... !!!?
"Le Procès de Gilles de Rais" par Georges Bataille est édité chez Pauvert
"Gilles de Rais, l'infâme" de Roger Planchon à la nrf (théâtre)
"Barbe Bleue" de Jacques Martin & Jean Pleyers (Casterman-Les Aventures de Jhen)
posted by JSV@01:07AM
12:45 Publié dans LEGGERE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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