2005.11.11

2 AOÛT 1914

J'ai embrassé mes camarades et le sergent tout à l'heure au départ. Combien reviendront ? Je suis écoeuré par ce que je vois. Un commandant absolument abruti : il perd ses gants et son carnet en cinq minutes et m'explique vaguement qu'il est très fatigué du voyage, pendant que je le conduis chez le tailleur changer d'écusson. Quel commandant ! On peut trembler en voyant cela et aussi tous ces réservistes, saouls, qui se vautrent sur le trottoir en bas. Et pourtant : en avant ! Si je ne me battais pas, je souillerais à jamais toutes mes heures futures. Plus de joies pures, plus d'enthousiasme, plus d'exaltation pour le Beau. Car je rougireais d'avoir tremblé pour ma vie ! Pour oser regarder le soleil mourir sur la mer, il faut avoir osé soi-même regarder la mort en face.

Maurice Maréchal
(Paroles de Poilus - Lettres et Carnets du Front 1914 - 1918)

posted by KM@11:59AM

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