2006.01.05
LA FENÊTRE D'ORHAN
Le jeune poète turc Ka – de son vrai nom Kerim Alakusogulu – quitte son exil allemand pour se rendre à Kars, une petite ville provinciale endormie d'Anatolie. Pour le compte d'un journal d'Istanbul, il part enquêter sur plusieurs cas de suicide de jeunes femmes portant le foulard. Mais Ka désire aussi retrouver la belle Ipek, ancienne camarade de faculté fraîchement divorcée de Muhtar, un islamiste candidat à la mairie de Kars. À peine arrivé dans la ville de Kars, en pleine effervescence en raison de l'approche d'élections à haut risque, il est l'objet de diverses sollicitudes et se trouve piégé par son envie de plaire à tout le monde : le chef de la police locale, la sœur d'Ipek, adepte du foulard, l'islamiste radical Lazuli vivant dans la clandestinité, ou l'acteur républicain Sunay, tous essaient de gagner la sympathie du poète et de le rallier à leur cause. Mais Ka avance, comme dans un rêve, voyant tout à travers le filtre de son inspiration poétique retrouvée, stimulée par sa passion grandissante pour Ipek, et le voile de neige qui couvre la ville. Jusqu'au soir où la représentation d'une pièce de théâtre kémaliste dirigée contre les extrémistes islamistes se transforme en putsch militaire et tourne au carnage.
Neige est un extraordinaire roman à suspense qui, tout en jouant habilement avec des questions d'ordre politique très contemporaines – comme l'identité de la société turque et la nature du fanatisme religieux –, surprend par ce ton poétique et nostalgique qui, telle la neige, nimbe chaque page.
Orhan Pamuk est né à Istanbul en 1952. Il est notamment l’auteur du Livre noir (1995), qui a fait sa célébrité internationale. Mon nom est rouge (Du Monde Entier, 2001) lui a valu le prix du Meilleur Livre Étranger en France, en plus de nombreuses distinctions reçues dans d’autres pays, comme le Independant Foreign Fiction Award ou le prix Impac.
Orhan Pamuk est grand, dégingandé, nerveux, il parle vite et fort, il porte des lunettes et voit le monde de sa fenêtre et de ses livres, il ne descend pas dans l'arène des contingences, ou, lorsqu'il s'y rend, c'est sans sa plume, sans son attirail d'écrivain, sinon son immense notoriété qui donne du poids à ses engagements, il y soutient le peuple kurde, il fut le premier intellectuel musulman à prendre la défense de Salman Rushdie et il vient tout juste de se faire remarquer, à sa grande surprise, en refusant le titre d'«artiste d'Etat».
De sa large fenêtre Orhan Pamuk voit le Bosphore entre les minarets d'une mosquée et le croissant à l'étoile : «Depuis vingt-quatre ans, je me rends sept jours sur sept à mon bureau, de dix heures du matin à sept heures du soir, sans déjeuner, et j'écris. C'est-à-dire que l'été je compte les dauphins venus de la mer de Marmara et qui sautent hors des eaux noires, et le reste de l'année, je surveille les bateaux. Bon an mal an, je produis entre 150 et 160 pages de romans, j'ai une vie d'employé de bureau, je n'ai jamais rien souhaité d'autre.»
posted by YASSINE@05:47PM
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