2005.09.24

ABEL FERRARA

Abel Ferrara, l'ange maudit du cinéma américain, se repose à Saint-Sébastien

Récompensé par le Prix de la mise en scène à la Mostra de Venise pour son nouveau film Mary, Abel Ferrara se repose en Espagne, à Saint-Sébastien, où le festival de cinéma lui consacre une grande rétrospective. Sans attaché de presse pour l'encadrer, il avait refusé de rencontrer les journalistes individuellement. Mais en forçant le hasard...

Dans le hall de l'Hôtel Maria Cristina, l'ange maudit du cinéma américain apparaît sous son masque obscur. Voûté, sombre, fulminant, il presse le bouton de l'ascenseur, se reprend un peu, s'explique. La cause de son courroux ? Western Union : "Dans un monde comme le nôtre, c'est ce qui fait que vous pouvez avoir... une famille ! Ça fait une demi-heure que je me débats pour envoyer de l'argent à New York, et ça ne va pas, tout est compliqué. C'est tellement... non civilisé !"

Ferrara se jette de tout son poids sur son grand lit défait. Sur le dos, les yeux fermés, il est prêt pour un entretien qui se prolongera pendant une heure. Puis encore un peu, sur un mode plus relâché, agrémenté de vin et de jambon espagnol, à mesure que d'autres personnes, amis, producteurs, investiront les lieux.

Encore plongé dans son film précédent, déjà tourné vers les prochains, le cinéaste est peu enclin à parler du passé, sinon pour saluer la prouesse du festival qui a retrouvé son premier court-métrage, Nicky's Film (1971). Pas une once de désir de le revoir pour autant, ni celui-ci ni un autre. Sporadiquement, il livre quelques précisions. Sur Crime Story (1986), film déjà empreint de son obsession pour la faute et la rédemption, mais dont l'esthétique pop et léchée, le montage rapide et régulier ne lui ressemblent pas : "Je l'ai coréalisé avec Michael Mann. Il apparaît comme producteur au générique, mais c'est lui en réalité qui a fait une grande partie du film. C'est vraiment un très bon réalisateur."

Sur la manière de choisir ses acteurs, de travailler toujours avec les mêmes Christopher Walken et Harvey Keitel en particulier ou de faire appel à des icônes improbables : "Il faut des gens qui comprennent ce que vous cherchez à faire, et dont vous soyez sûr qu'ils ne vont pas craquer sous la pression. C'est pour cela que je travaille le plus souvent avec des acteurs que je connais. Et quand je fais appel à Madonna (Snake Eyes) ou Claudia Schiffer (The Blackout), je ne les sors pas de nulle part. Ce sont toutes les deux des amies de très bons amis à moi." Il a joué lui-même dans Driller Killer, en 1979. "Une expérience très profitable, qui surtout m'a beaucoup appris sur la direction d'acteur. Heureusement en tout cas que je ne fais plus ça aujourd'hui !"

S'il est disponible, Walken devrait jouer dans un de ses prochains films, Gogo Tails, une "comédie déchirante sur la fin de la vie". A moins que ce ne soit Keitel. "Le film ne sera pas du tout le même, mais ce serait génial dans les deux cas. A l'origine, c'est Walken qui devait jouer Bad Lieutenant..." Et dans les cartons, la genèse de l'histoire de King of New York, située pendant la jeunesse des protagonistes. Dans lequel il veut aussi donner un rôle à Walken.

Sur sa légende : "Les gens pensent qu'ils ont besoin de cette idée du cinéaste cow-boy, à la Peckinpah ou Pasolini. On raconte des histoires folles sur moi pour bâtir ce mythe du dingue radical. Cela dit, on ne peut pas dire que je n'ai pas rempli mon contrat. J'ai été à la hauteur du mythe, et ça m'a bien servi."

Abel Ferrara a perdu des proches lors des attentats du 11 septembre 2001. Les conséquences de la tragédie l'ont forcé à quitter sa ville : "Plus personne ne voulait faire de films à New York, et le 11-Septembre leur a donné une excuse. J'ai fini par m'installer à Rome, mais c'est très dur d'abandonner sa ville dans un moment comme celui-là." Il s'est installé dans la capitale italienne pour y réaliser Gogo Tails. Le projet a traîné et, dans l'ombre du Vatican, il a réalisé Mary, une histoire de rédemption, d'images et de cinéma gravitant autour de la figure de Marie-Madeleine. " Le monde a besoin de religion. Le succès du Da Vinci Code ou de La Passion du Christ de Mel Gibson le prouve. Tout le monde devient croyant sur son lit de mort, mais je ne veux pas être ce catholique-là. Je cherche. Je n'en suis pas encore au point d'être croyant. Loin de là..."


posted by JSV@2:18PM (avec lemonde.fr)

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