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2005.09.08
GOODNIGHT. AND, GOOD LUCK
En 1953, la télévision américaine en est à ses premiers balbutiements et le journaliste Edward R. Murrow dirige le magazine d’information le plus populaire de CBS See It Now. Il présente aussi le talk-show « Person to Person ».Visage de ce nouveau média, il est secondé par une équipes de jeunes journalistes brillants en début de carrière. Au cours d’une réunion de rédaction, il évoque un fait divers curieux : Milo Radulovich, un pilote de l’armée américaine a été déclaré coupable, car dangereux pour la sécurité du pays, sans jugement. Edward R. Murrow soupçonne le sénateur du Wisconsin Joseph McCarthy, chef du « comité de lutte contre les activités anti-américaines » d’être responsable de cette disgrâce. Une lutte sans pitié par média interposé s’engage entre les deux hommes…
Pour son second long métrage, George Clooney a choisi un sujet polémique, un brûlot vieux de cinquante ans : le maccarthysme et ses démons traité sous l’angle du journalisme d’investigation. Les acteurs incarnent tous magnifiquement ces journalistes idéalistes dont le combat se termine sur une victoire et sur une défaite. David Strathairn joue parfaitement le charisme d’airain, la lucidité affolante et la grandeur de Edward R. Murrow qui naviguait à vue dans son métier avec intelligence se fiant à son instinct malgré les doutes et les blessures. Le film commence par sa fin : un hommage à Murrow qui, une dernière fois, tend un miroir à la société, tape du pied dans la fourmilière et prophétise la décadence de la télévision. Le combat était perdu d’avance devant l’argent et l’entertainment
Clooney saisit dés les premières séquences l’apparence policée de ces intellectuels et de ces puissants qui enfouissent leurs rêves passés et leurs fêlures sous un vernis très Kennedy. Le somptueux noir et blanc du film évoque Orson Welles et son Citizen Kane aussi bien que les images de la télévision des années 50. Les images d’archives montrent McCarthy en boucle ainsi que les autres affaires filmées à l’époque : elles ajoutent une valeur documentaire non négligeable au film. Déjà, en 2002 avec Confessions of a Dangerous Mind, Clooney avait montré un goût particulier pour les images stylées et les histoires tordues où les doubles sens politiquement incorrects abondent. Le cinéaste, dans une belle note d’intention, dit rendre hommage à son paternel, journaliste de télévision qui a dédié sa vie à informer les gens.
Derrière ce respect proclamé aux pionniers incorruptibles du cinquième pouvoir, on peut surtout voir assez distinctement une critique cinglante de la télévision d’aujourd’hui et du comportement de certains dirigeants américains qui tentent de restreindre des libertés individuelles sous le prétexte fallacieux de protection de la nation. Car Josef McCarthy aurait sans doute adoré le « Patriot Act » de Bush, ces lois dites de sécurité qui permettent aux autorités de faire main basse sur tout ce qu’elles considèrent comme une attaque à la politique et à la sécurité des Etats-Unis. Goodnight, and Good Luck. fait aussi la preuve que le cinéma et les autres arts ou medias peuvent aussi mettre les gens au pouvoir devant leurs devoirs et responsabilités envers la Nation et la démocratie. Finalement George Clooney et ces journalistes d’un autre temps dont le moteur était l’éthique avaient sans doute raison : montrer et informer est une preuve éclatante de civisme et de patriotisme.
Venise 2005 - Compétition Officielle
Un film de George Clooney
03:15 Publié dans MOSTRA | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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