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2005.09.03

BROCKEBACK MOUTAIN

Jack Twist rencontre Ennis Del Mar un matin à Signal dans le Wyoming, alors qu’ils sont tous deux en train de postuler pour un travail pour le fermier Joe Aguirre. Celui-ci les engage pour garder un troupeau de moutons à Brokeback Moutain. Isolés, ils font connaissance au fil des jours en s’apprivoisant lentement. Ils s’attachent l’un à l’autre et vivent une passion à l’abri de la montagne. Quand vient la fin de leur travail, ils se séparent pour mener une « vie normale » : se marier, avoir des enfants, un travail. Mais l’amour qui les a enflammé tous deux ne se laisse pas facilement oublier.

Des paysages, des visages, des étreintes puis des conversations filmées en champ, contre-champ, jour après jour puis année après année. L’épure stylistique de la mise en scène du film de Ang Lee est proportionnelle à la charge explosive de l’histoire, celle de deux cow-boys qui tombent amoureux l’un de l’autre dans le Wyoming des années 60. Dès le début le rythme ressemble à celui d’un goutte à goutte. Un jeune type plutôt sympathique garde les moutons avec un jeune type plutôt bourru. Ils ne parlent quasiment pas. Pourquoi faire ? Quelques souvenirs sont échangés puis le courant passe jusqu’au choc électrique. Ils dorment puis s’aiment brutalement, à leur manière. Un brouhaha de malaise gronde soudainement dans la salle de cinéma, des petits rires de gêne comme autant de preuves que les nouveaux codes sexuels sont toujours difficiles à digérer et ce, malgré le coming-out de milliers de gays aujourd’hui.

Brokeback Moutain demeure dans l’esprit de Jack et Ennis le symbole d’une liberté, un paradis sur terre, leur refuge. Puis vient la suite, les deux hommes réintègrent une vie dite normale : mariage- enfants-travail, chacun de leur côté, sans y trouver beaucoup de joie. La trace indélébile de leur passion les mine doucement jusqu’à ce qu’ils se retrouvent, quatre ans plus tard. Ils poursuivent alors une relation en pointillé à l’occasion de beaux week-ends à Brokeback Mountain suivis de projets incessamment discutés puis rejetés par Ennis, un être fragile faussement blindé par l’existence, sans aucune confiance en lui. Ang Lee réussit à éviter le manichéisme, le jugement des uns et des autres : il parle d’un lieu à une certaine époque, d’une culture qui n’est pas celle du langage, de traditions et de règles qu’il ne faut pas bousculer, d’un monde qu’il ne faut pas déranger sous peine de se perdre soi-même.

Ang Lee n’hésite pas à utiliser le son de guitares à la Ry Cooder ou à la Neil Young sur des images de lac de montagnes et autres torrents. Ces plans-là ont les a déjà vu cent fois, mille fois. Tout comme ces silhouettes un peu voûtées par le dur travail, cet accent texan traînant et ces cow-boys qui peuplent depuis longtemps les imaginations, grâce au cinémascope, à la littérature, à la télévision. Et pourtant c’est pour mieux les détourner pour parler du plus grand de tous les clichés : l’amour. Car un baiser reste un baiser, un chagrin reste un chagrin. Pour Ennis et pour Jack qui vivent cet amour jusqu’à la lie dans Brokeback Mountain, comme pour l’humanité entière.


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Brokeback Moutain
Un film de Ang Lee
(Canada, 2004, 134 mn)
Avec Heath Ledger, Jack Gyllenhaal, Michelle Williams, Ann Hathaway…
Compétition officielle – Venise 2005

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